Le sacro-saint "coming-out" s'exprime-t-il obligatoirement ? Sont-ce les mots seuls qui frappent la porte pour en demander la clef ? À la vérité, on entend beaucoup de choses sur cette révélation quasi mystique, mais si je vous disais que, dans mon cas, elle n'a fait l'objet que d'un regard ? C'est un feu qui s'éteint, pour en raviver un autre...

Le but, c'était de ne plus mentir. Pour cela, il fallait recouvrir les idées jetées au feu, ne plus exercer de pyromanie intestine : parce que c'était une vraie mutilation. Mais les mères sentent. Leur instinct s'éveille presque aussi rapidement que leur raison : elles ont contemplé les flammes du coin de l'œil, parfois même inconsciemment ; sans s'intéresser au foyer qu'elles consument. Cette présence taciturne, on rêve alors de l'illuminer, de la placer devant la lumière recréée chaque jour, à chaque minute, pour chaque mensonge protecteur ou timide .
Moi j'étais là, prête. Mes mains me brûlaient un peu. La chaleur choquait mes veines, faisait vibrer mes tempes ; et tapait mon cœur. Un regard torve fixait mon dos, allait de l'âtre au déclencheur, de mes mensonges à leurs excuses amènes. Plus rien n'existait au-delà des limites mouvantes décrites par les braises : le regard maternel avait concentré sur mes épaules l'âme même des murs d'ombres, des meubles qui peuplaient la maison ; témoins immuables de l'aveu qui s'annonçait. Alors que mes tempes cessaient de vibrer, une tension moite et roide meurtrit la pièce sans crier gare. Je crois que c'était ses larmes. Oui : elle reniflait doucement ; et son regard mouillé qui avait séché le feu, il en enivrait un neuf. Plus bleu, plus haut, plus chaud, dont le vieil âtre toussait d'amertume:


                                                      "Tu aurais dû le dire... Plus tôt, tu sais."


Ces mots claquèrent dans l'obscurité. Le nouveau foyer qu'elle attisait m'attirait de plus en plus, je cherchais sa source dans l'atmosphère moite que ses larmes avaient installée : "Hmm. Parle, maman." Elle souffla fort, puis de plus en plus fort, comme pour aviver ses flammes. Dans le même temps, ses mains douces s'entrechoquèrent. Je tendais l'oreille : elles ont frotté, ses mains, elles ont crissé ! Enfin, ce n'est pas le son rauque des allumettes brûlées : la source doit être plus haut.


                                                       "J'aime. J'aime...". Soupir.


Ma mère quitte le chambranle de la porte ; je me lève, fais volte-face : le foyer, cette chaleur qui marque ma poitrine d'un coup plein d'énergie, qui submerge ma tête bouillante d'un flot de flammes, c'était le creux de ses bras. Mais ses larmes sont chaudes... La moiteur, et cette humidité, pures illusions d'un mauvais pressentiment ? Ma mère m'admet, elle me porte encore, réchauffe mes défenses. Je ne recule plus : j'avance vers elle. Mes yeux ont abandonné le soleil froid du mensonge, pour consumer leurs pupilles dans celui du Vrai, de l'instinct qui accepte sans renâcler l'âme de la progéniture. Toutes, elles y sont toutes enclines, même lorsque les ombres valsent à cause d'un feu morbide.