On parle souvent d'homophobie, de plus en plus souvent d'ailleurs. Alors lorsque des initiatives permettent d'espérer qu'un jour, ces périodes sombres que nous vivons seront loin derrière nous, il est d'utilité publique de le relater. Plongé depuis plus de 6 ans maintenant dans l'univers des corporations étudiantes, je réserve cet article et le dédie à tous ceux qui ont baissé les bras en pensant ne jamais être acceptés tels qu'ils (ou elles) sont, avec leurs différences et leurs doutes...

Depuis des décennies, voire des siècles, les Fraternités ou Sororités étudiantes animent la vie de tous les campus universitaires anglo-saxons, et parfois francophones (Belgique, Canada).

A Harvard, ce sont les Final Clubs (Porcellian, Phoenix-SK, A.D, Fly, etc…) ; à Yale, le très médiatisé Skulls’nBones, qui a compté à lui seul plus de Présidents américains que tous les autres ; et l’on retrouve ainsi dans chaque Université de l’Ivy League (comprenant les A8 - Ancient Eights - dont Harvard, Yale, Princeton, Penn, Columbia, Cornell, Brown et Dartmouth College) des clubs très fermés réservés à une élite tant intellectuelle que financière.

Pour exemple, pendant tout un temps, la devise affichée sur le très privé site web de Porcellian était : « Si un membre n’a pas gagné son premier million (ndlr. de dollars) avant l’âge de 40 ans, le Club le lui donnera … »

En Europe, on retrouve des Fraternités dans les Universités anglaises telles que Oxford ou Cambridge, alors qu’en Belgique, la mouvance estudiantine est très développée, fêtant même chaque année la Saint Verhaegen ou St Vé, du nom du saint-patron des étudiants belges.

Bref, c’est dans ce contexte assez intimiste, mais où l’on retrouve les futurs décideurs politiques et corporatifs du monde libre, qu’une véritable révolution est en marche.

En effet, depuis peu de temps, ces clubs très traditionnels, où le politiquement correct fait figure de règle indéfectible, s’ouvrent à l’acceptation et à la tolérance.

En décembre dernier, dans les locaux du Porcellian d’Harvard, le soir d’une fête d’intronisation, on a pu voir le Rainbow Flag Gay en bonne place à côté de la bannière du club ; à Yale, lors du Valentine’s Day dans les locaux du Skulls’nBones, ce même drapeau était repris sur les invitations, précisant que « cette soirée était Gay Friendly » (or. "This is a Gay Friendly Party"), on a d’ailleurs pu voir le drapeau flotter au milieu d’autres sur le fronton de la maison occupée par la fraternité.

En janvier, lors de la fameuse soirée Oxbridge, regroupant des élèves d’Oxford et de Cambridge pour une énorme fête à Kensington (Londres), ce sont plusieurs Rainbow Flags qui flottaient dans la salle. A Bruxelles, enfin, le nombre d’associations LGBT au sein du Corpus estudiantin est sans cesse croissant.

Même si ces faits ne concernent que quelques universités, des plus influentes au monde, il faut se rendre compte de la véritable révolution  que représente l’ouverture des Fraternités aux membres Gays et Lesbiens, qui n’ont plus à se cacher comme c’était encore le cas il y a 5 ou 10 ans. Tous ces jeunes sont pour une bonne part de futurs dirigeants et décideurs du monde politique, diplomatique et financier international, et il est facile de comprendre ce que représente une telle acceptation dans un tel milieu.

Le chemin est encore long vers une généralisation de tels faits, mais c’est un espoir de voir que même dans les plus anciennes institutions, on en arrive à ne plus pratiquer l’homophobie, bien au contraire !

A force de telles initiatives, c’est dans les jardins de la Maison Blanche ou du Pentagone que l’on verra flotter le Rainbow Flag dans quelques années, et si cela nous fait sourire, on doit imaginer le gigantesque pas en avant que cela représente pour tous ceux d’entre nous qui luttent en faveur d’un monde plus juste…

En direct de Seattle, à vous les studios.

 

(Photo de droite : des étudiants Gays de Harvard recouvrant la Statue de John Harvard avec le Rainbow Flag, courtesy of The Crimson)