La question de chiffrer les discriminations homosexuelles a toujours été primordiale dans le milieu homophile. Une étude dressée, pour la première fois en France, par les économistes Thierry Laurent et Ferhat Mihoubi relate, enfin, les inégalités rencontrées sur le marché du travail du point de vue uraniste.

• Quelles sont ces inégalités au niveau des chiffres ?

Dans le secteur public, les homosexuels masculins gagnent 5.5% de moins que leurs homologues hétérosexuels malgré une organisation censée assurer un traitement plus égalitaire, relève l’enquête économétrique. Cette différence s’élève à 6.5% dans le secteur privé et atteint son apogée pour les emplois qualifiés, avec un écart salarial entre gays et hétérosexuels de 10%.


• Quelles sont les difficultés que connaissent les homosexuels face à cette aspérité ?


Cette différence s’expliquerait en grande partie par l’exposition et l’important volet de représentation auprès des partenaires extérieurs que comprennent les postes qualifiés. D’où le dilemme récurrent rencontré par les homosexuels : dévoiler leur orientation sexuelle à leur entourage professionnel ou la garder secrète, au prix d’efforts pour se conformer à des normes dominées par l’hétérosexualité. Ce calice est d’autant plus difficile à gérer que l’ancienneté au sein de l’entreprise augmente.


• Qu’en est-il des lesbiennes ?


En revanche, l’écart de rémunérations est légèrement favorable aux lesbiennes (+ 2%) par rapport à leurs homologues hétérosexuelles, constatent les économistes dans les deux secteurs.


• Comment se déroule cette rugosité salariale ?


Selon les deux chercheurs, il n’existe pas véritablement d’écart de salaires à l’embauche entre homosexuels et hétérosexuels. La différence de rémunérations se creuse avec les années, la progression professionnelle des gays étant moins rapide que celle de leurs collègues.


• Comment les employeurs sont mis au courant de l’homosexualité de leur employé ?


De fait, alors que l’homosexualité n’est pas spécifiquement visible au premier abord, elle se révèle progressivement par de nombreux marqueurs sociaux, comme l’absence d’enfant et/ou de mariage. Selon les deux chercheurs, il existerait d’ailleurs une « prime au mariage », qui verrait les hommes mariés bénéficier d’une surprime de salaire, évaluée à 4% par rapport aux célibataires.

• Comment a été établie l’enquête ?

 

Après avoir écarté certaines catégories comme les étudiants (déjà soumis à la précarité pour 48% d’entre eux et au chômage pour 26% d’entre eux) et les personnes les plus jeunes, afin d’éviter les biais pouvant fausser les résultats, les chercheurs ont obtenu une base de 904 individus pour mener à bien leurs comparaisons. A l’instar de ce que l’on observe pour les femmes, il existerait un « plafond de verre » qui freine l’évolution des carrières pour les homosexuels.

Source : http://federation.ens.fr/ydepot/semin/texte0910/LAU2010MOI.pdf