La Charte contre l'homophobie dans le sport a été signée samedi 23 Octobre 2010 à Albi dans le Tarn, en présence de Rama Yade et Gareth Thomas, à l’occasion du dernier match de la coupe d’Europe de rugby à XIII, entre la France et le Pays de Galles.

Trouver un homosexuel qui s'affiche publiquement dans une ligue sportive professionnelle relève de l'exploit, voire même de l'impossible, pourtant, Gareth Thomasle rugbyman gallois qui a fait son coming-out en décembre, et la championne de tennis ouvertement lesbienne et fraîchement retraitée, Amélie Mauresmo ont les premiers initié le mouvement.

Le 18 décembre 2008, Rama yade alors secrétaire d'Etat aux droits de l'homme, porte à l'ONU son projet de résolution pour la dépénalisation universelle de l'homosexualité que 66 pays signeront, dont les membres de l'Union Européenne, l'Israël et le Japon, à l'exception notable des Etats-unis, de la Chine et de la Russie.

Le 17 mai 2010, lors de la Journée mondiale contre l'homophobie et la transphobie, réunissant des associations LGBT (Fédération Sportive Gaie et Lesbienne, Paris Foot Gay, Comité IDAHO, SOS homophobie) et le mouvement sportif (fédérations sportives et l'Institut National du Sport de l'Expertise et de la Performance), ainsi que la cellule de prévention de prévention de la violence et des discriminations dans le sport, la secrétaire d'Etat chargé des Sports présente un plan d'action contre l'homophobie intitulé « dans et par le sport ».

Le 3 septembre 2010 La secrétaire d'Etat aux Sports demande des sanctions et appelle les dirigeants du sport français à n'avoir "aucune tolérance envers ce genre de discrimination", évoquant le cas du footballeur homosexuel Yoann Lemaire dont le club avait refusé de renouveler la licence.

 Le 23 octobre 2010, la Charte contre l'homophobie dans le sport est présentée par la Secrétaire d'Etat en présence de Gareth Thomas, puis lue en public par Olivier Elima, capitaine de l'équipe de France de Rugby et enfin signée par le président de la fédération Nicolas Larrat et Michel Amiel, président du club de Réalmont. Amélie Mauresmo pourtant pressentie pour être la co-amabassadrice de cette Charte n'a finalement pas participé à l'événement.

Le texte engage ses signataires à “prendre en compte et reconnaître de manière explicite l’homophobie en tant que discrimination contraire aux principes universels de protection des Droits de l’Homme ; dénoncer et prendre les sanctions adéquates contre toute attitude homophobe, qu’elle se manifeste par un comportement discriminant, par des agressions verbales ou physiques, ou par des propos insultants en raison de l’orientation sexuelle réelle ou supposée ; promouvoir la diversité dans le sport et assurer la diffusion de messages sur la tolérance, le respect et la dignité, en incluant systématiquement l’orientation sexuelle et la lutte contre l’homophobie ; apporter aide et soutien aux pratiquants, entraîneurs ou autres personnes évoluant dans le sport qui pourraient être harcelés, insultés ou mis à l’écart en raison de leur orientation sexuelle réelle ou supposée ; mettre en place des modules éducatifs sur la lutte contre toutes les discriminations, y compris l’homophobie, à destination de tous les acteurs du sport : un éducateur ou un entraîneur se doit d’empêcher ou de faire empêcher toute forme de discrimination et doit par conséquent y être préparé ; recenser les actes d’homophobie et en référer régulièrement au ministère chargé des Sports (cellule nationale de prévention de la violence et des discriminations dans le sport) afin de constater l’évolution des comportements dans le sport et d’ajuster les actions à entreprendre”.

En effet, entre la société en général et le monde du sport, on note encore un certain décalage dans l'évolution des concepts de masculinité. Alors que la conception de l'homme machiste qui n'affiche pas ses sentiments paraît dépassée dans la société moderne, cette même conception reste celle qui est valorisée dans le milieu sportif, comme si celle-ci était resté figée dans le temps, comme si ce secteur de la société avait complètement échappé à l'évolution des trente dernières années en matière d'ouverture à la différence et aux réalités des minorités sexuelles ; monopole de la direction sportive par une ancienne génération, moule du silence dans le sport, fuite des athlètes homosexuels, absence de modèle homosexuel, on peut tenter d'expliquer le phénomène. Si Cette Charte ne prend pas l'aspect d'un effet d'annonce, celle-ci est une véritable bonne nouvelle pour le sport et pour les homosexuels. En mai dernier, lors de l'annonce du plan, plusieurs fédérations avaient annoncé leur intention de signer la Charte ( dont celles de football, rugby, basket, tennis, karaté, judo et lutte), c'est l'occasion pour cette charte de se concrétiser pleinement dans les mois à venir.