Une lettre de coming-out pour les parents

Il y a une chose que je ne parviens pas à vous dire, cest pourquoi je prends le temps de vous écrire cette petite lettre. Rien de grave en somme, et il marrive même de penser quil est anormal que jaie à vous le dire, mais cest lusage, et notre époque me contraint à vous le dire explicitement : je suis homosexuel. Je reste presque sûr que si vous ne le saviez pas, vous deviez vous en douter fortement.

Oh, bien sûr cela ne remonte pas, quoi qu
on puisse en penser, à cet épisode scabreux de ma jeunesse auquel je préfère ne pas faire allusion. Je me suis découvert et accepté en tant que tel plus tard, peu après mon seizième anniversaire. Le secret pèse lourd, ainsi donc men suis-je affranchi auprès des personnes de mon entourage extrafamilial en lesquelles jai le plus confiance, et jai mis les cinq voisins dans la confidence, au prix dinterminables minutes danxiété, suivies dun intense soulagement, et dune grande libération. Jai procédé de façon analogue pour quelques amis étrangers au quartier, ainsi que pour Paul et Lucile. A tout ce monde, soit plus dune dizaine de personnes, jai su lécrire, parfois le dire, assez facilement, mais je nai encore jamais réussi à sauter le pas avec vous deux. Sans doute la crainte dune réaction négative me freinait plus dans votre cas que dans les autres. Les amis, on peut en changer, pas les parents, ce qui rend la chose encore plus délicate.

Pourquoi l
écrire et non le dire ? Vous savez aussi bien que moi que je suis dun naturel anxieux, si à cela doit sajouter les craintes de deux réactions, et les explications qui sensuivent, je suis convaincu que ma voix aurait pris des vacances à Tahiti ou ailleurs, mais loin. Qui plus est, lécrit me permet daller au devant de certaines interrogations qui pourraient vous traverser lesprit. Ensuite, ce sujet est quasiment tabou, cest un fait dépoque. Moi-même qui le vis au quotidien jai encore du mal à en parler librement.


De mon point de vue, votre intérêt se situe dans mon bonheur, et je suis heureux de vivre comme ça, quand bien même les remarques à propos du temps où « j
aurai une copine » sont frustrantes et blessantes. Non, ne regrettez pas, vous ne pouviez pas savoir, et la tendance dominante de notre époque est aux standards. Le fait de vous lavouer constitue pour moi un accomplissement, un nouveau début. Après cela, je peux aspirer à vivre comme je suis, et non comme je veux quon me voie. Je ne vous demande pas de laccepter, ni même de me donner votre accord : ça nest pas le but. Ce qui me motive, cest que vous me voyez tel que je suis, et que je sois libéré de ce fardeau si lourd à porter. Ca ne doit pas être facile à lire, et croyez moi, ça lest encore moins à écrire, mais cest un mal pour un bien.

On voit bien souvent les homosexuels comme des gens frivoles, superficiels, efféminés. Ce n
est heureusement que le cas dune minorité, de la minorité que lon voit, qui se montre. Je ne pense pas quil soit besoin de le dire, mais il est évident que je nappartiens pas à ceux là. Pour moi, être homosexuel ne veut pas dire que je couche avec des hommes, mais que jaime les hommes (ce qui, soit dit en passant, ne mempêche pas dapprécier la beauté dune femme). Je ne puis pas expliquer pourquoi, cest un fait qui sest presque imposé à moi, que jai tenté de combattre pendant un peu plus dun an avant de maccepter réellement.

Enfin, la question qui revient le plus souvent, c
est « en est-tu sûr ? ». Oui. Jen suis certain. Je ne dis pas que cest un fait immuable, certaines choses sont vouées à changer, dautres à rester les mêmes. Comment je le sais ? Je nen sais rien, je le ressens, cest comme ça que je suis heureux. Il mest même déjà arrivé davoir un petit copain (cest hors sujet, mais cest pas grave).

Je vous demande seulement de ne rien changer de votre comportement envers moi, même si la requête est stupide. Je n
ai pas changé, cest juste votre perception qui sest affinée, ou du moins officialisée.

Merci.