Malgré quelques progrès sociaux à l'égard des homosexuels, l'adoption reste toujours un droit qui n'est pas acquis. Au cours d'une émission diffusée sur Direct8, les principales religions à travers leurs représentants avaient réaffirmé que cette pratique est inimaginable, et que l'homosexualité en général était une impureté de la nature.

En réponse notamment, un article du Monde où d'autres religieux se sont mobilisés pour lancer un appel commun, visant à condamner les violences faites aux homosexuels et l'homophobie.

« Qui t’a porté dans ton ventre, ça tu sais Maude ? - C’est maman Wanda … -Et qui a porté Raphael ? – Dans le ventre de maman Valérie ».

Voilà quelles étaient les réponses de Maude, 4ans, aux questions de l’une de ses mamans dans un reportage diffusé dans une émission de Direct8 le 24/11/09 sur le thème de l’adoption par des couples homosexuels, thème qui revient à la une au travers d’un article publié dans Le Monde très récemment. L'adoption pour les couples homosexuels reste à ce jour l’une des batailles pour l'égalité véritable.

 

 RAPPELS DES FAITS & REAC(TION)S

 

Rappelons tout d'abord les faits qui ont conduit à cette émission :

Emmanuelle B, défendue par la célèbre avocate de la cause LGBT Caroline Mecary, avait eu l’accord du tribunal de Besançon pour adopter un enfant alors qu’elle avait clairement annoncé qu’elle était lesbienne quand bien même, la loi française interdit toujours aux couples homosexuels d’adopter un enfant. En effet, c’est en tant que femme célibataire qu’Emmanuelle B va pouvoir adopter après une procédure longue de onze ans. On peut alors s’interroger sur la crédibilité du tribunal. De là à parler d’hypocrisie ou de jurisprudence, il n’y a qu’un pas. Mais regardons-y de plus près, la question sous-jacente est en fait de savoir si l’adoption par les célibataires est légitime. La loi française le permet et cet acte est toujours valorisé par les Religions.

Selon le grand rabbin Rahim Korsia, invité de l’émission, le « drame » de la société actuelle c’est quelle construit artificiellement des familles monoparentales, alors qu’il y en a, selon lui, déjà trop. Pour lui une famille, c’est un père et une mère, deux pôles bien distincts qui vont avoir un rapport de force permettant à l’enfant d’avoir des repères, de voir les différences. Rahin Korsia va même plus loin : selon lui, il n’y a pas d’homoparentalité. Le point de vue chrétien, apporté par le père Alain de Morandais, n’est pas plus favorable à l’adoption par les couples homosexuels. Les homosexuels sont certes un fait mais représentent selon le père de Morandais « une déviation impure de la nature ». Que les homosexuels adoptent est donc hors de question. Même réponse coté islamique représenté par Malek Chebel, du point de vue religieux, l’homosexualité reste condamnée en tant que déviance.

 

SOUTIENS RELIGIEUX ET AU-DELA

 

• Face à eux trois lors de cette émission Franck Tanguy, vice-président de L'AGPL (association des parents gays et lesbien) pour débattre sur la question. Il y a environ 200 000 enfants élevés dans des familles homoparentales. Par ailleurs, des études menées un peu partout dans le monde par des spécialistes de divers domaines ont montré que les enfants qui sont ou ont été élevés (certains sont adultes maintenant) par des familles homoparentales ont un comportement tout à fait normal. L'association considère que l’Etat considère les enfants de couples homoparentaux comme des « citoyens de seconde zone » 

En effet, il y a toujours des personnes de sexe différent de celui du couple qui gravitent dans l’entourage de la famille et qui assure un équilibre pour les enfants. Cependant reste la question des droits des enfants issus d’une famille homoparentale : droit de garde d’un parent sur l’enfant de son conjoint. 

 

• En réponse à Direct 8 et les frères d'Abraham, le journal Le Monde ainsi que le journal Libération ont tous deux consacré une tribune très intéressante à l'avocate de la cause LGBT, Caroline Mecary. En 1991, elle prête son serment d’avocate, en 2001 déjà elle obtient un jugement d’adoption simple pour les enfants d’un couple de femmes, en 2004 elle refrappe en défendant le mariage gay de Bègles célébré par Noël Mamère, en 2009 elle obtient la condamnation de la France pour un refus d’agrément (adoption) et défend Cynthia et Priscilla victime d’agressions homophobes, en 2010 elle veut faire bouger encore plus les chose en se présentant comme candidate Europe Ecologie pour les élections régionales en Île-de-France. (Edit : Caroline Mecary a été elue conseillère régionale au lendemain des publications du second tour des régionales 2010)

«La différence induit encore quelque chose d’arbitraire. Ce qui est insupportable, ce n’est pas la différence elle-même, mais les hiérarchies que cela crée. Entre un homme et une femme, un national et un étranger, un hétérosexuel et un homosexuel.»  dixit Caroline Mecary lors de cette entrevue journalistique.

 

• En réponse encore, un autre article du journal Le Monde écrit conjointement par quatre intellectuels croyants : Jean-claude Guillebaud, essayiste et chrétien, Olivier Abel, professeur de philosophie éthique à la Faculté Libre de Théologie Protestant de Paris, Rivon Krygier, rabbin de la communauté Adath Shalom à Paris et docteur en science des religions, ainsi que Tarek Oubrou, théologien et Imam de la Mosquée de Bordeaux, se sont dits « inquiets » face à la montée de la violence que subissent les homosexuels, violence qui a tendance à s’intensifier. En effet, l’homosexualité est un fait, pas une pathologie et l'homophobie doit être combattue.

Selon eux, la crise économique mais aussi morale (pensons au livre « la crise de la culture » de Hannah Arendt), qui réveille les susceptibilités, les élans de fidélité, de solidarités de chacun va conduire au retour d’un ordre moral. Cet ordre, religieux ou laïc, pourrait s’extrémiser dans une répression, l’exclusion mais aussi dans des violences plus simplement. Il faut que les différentes religions, trop divisées sur la question, formule une réponse commune afin de lutter contre ces discriminations pour ne pas qu’elles se rendent complices par omission de cette montée de la stigmatisation.

 

Enfin, n'oubliez pas que la journée mondiale de lutte contre l’homophobie et la transphobie aura lieu le 17 mai et portera cette année sur les religions. Espérons que cette journée permettra d'apporter une réponse commune de la part des Eglises au travers d'un dialogue avec les associations gays et lesbiennes.