Les compositions des premières listes pour les élections régionales de 2010 se dévoilent, une retient particulièrement l'attention des homos et gayfriendlies pour qui l'égalité est un facteur déterminant dans leur vote, celle d'Europe Ecologie ; la nouvelle est tombée fin décembre, l’avocate Caroline Mecary engagée dans les luttes contre les discriminations et présidente de la Fondation Copernic, ainsi qu'Emmanuelle Cosse, juriste, ancienne présidente d’Act Up-Paris et actuelle rédactrice en chef du mensuel Regards, rejoignent avec d'autres les listes d’Europe Ecologie pour les élections régionales de mars 2010, aux cotés de Daniel Cohn-Bendit et Cécile Duflot.

 

• La composition finale des listes d'Europe Ecologie est connue depuis début janvier et la campagne des verts et écologistes a débuté dès la mi-janvier, les élections régionales ayant lieu le 14 et 21 mars prochain.

• C'est donc l'occasion de s'intéresser de plus près à Caroline Mecary et Emmanuelle Cosse. Zoom sur ces deux femmes engagées pour les droits LGBT (Lesbiens, Gays, Bisexuels et Transexuels), puis sur leur rassemblement.

• En Bonus, dans les commentaires de l'article, une très récente entrevue journalistique vidéo de Cécile Duflot, tête de liste régionale en Ile-de-France et première secrétaire des verts, au sujet entre autres des droits LGBT, de l'homophobie en milieu scolaire et du Sida. A ne pas manquer.

 • Qui est donc Caroline Mecary ?!

 

 

 Caroline Mecary, engagée dans les luttes contres les discriminations, est présidente de la Fondation Copernic (cercle de réflexion altermondialiste), et avocate de plusieurs affaires LGBT, dont l’obtention d’un agrément en vue d’une adoption pour Emmanuelle B. ou encore de l’agression de Cynthia et Priscilla. Elle détaille et revient sur les motivations qui l’ont amené à rejoindre la liste d’Europe Ecologie, sur son blog et lors d’une rencontre journalistique accordée au média gay et lesbien, Yagg. 

 

 “On est déjà dans le mur” 

 

 “Cela ne date pas d’hier, explique-t-elle, je suis historiquement proche des Verts depuis plusieurs années. Mais le tournant vers l’engagement s’est fait lors du mariage de Bègles, par Noël Mamère. Cela m’a donné envie de m’engager plus concrètement dans l’écologie politique, pour une société dans laquelle on a envie de vivre: cela concerne l’environnement écologique mais aussi l’environnement de notre société… Et quand on voit la palette politique proposée, Europe Écologie me semble avoir la vision adéquate. Ce n’est pas une conviction récente, mais cela devient une évidence. Je considère qu’on est déjà dans le mur. Les gens ne veulent pas le voir, ceux qui étaient à Copenhague refusent de s’en apercevoir mais on est déjà dans le mur”. 

 

« Il n'y a aucune égalité entre les couples à cause de la sexualité » 

 

 «  Prenons l'exemple des enfants qui sont élevés par deux femmes ou deux hommes, pour ces enfants la différence de traitement juridique, donc la discrimination est une réalité de tous les jours.

Un dernier exemple encore plus récent : j'ai assuré en septembre 2009 la défense deux jeunes femmes habitant Epinay Sous Sénart, injuriées et frappées parce que lesbiennes, obligées de déménager parce que leur quartier est une zone de non droit inadmissible (lequel d'entre nous peut imaginer devoir déménager pour fuir un harcèlement intolérable ?) Les défendre devant un tribunal était absolument nécessaire mais totalement insuffisant au regard de ce que révèle leur histoire et ses conséquences intolérables. »

 

 “J’ai envie de peser plus”

 

 “J’ai une vision politique du droit. En tant qu’avocate, je défends des individus et des personnes, mais ça a ses limites. Ça n’a pas plus d’effet que la résolution du cas particulier que je défends. Et moi j’ai envie de peser un peu plus”, précise-t-elle, faisant le lien évident entre sa profession et ses convictions personnelles.

“L’histoire de Cynthia et Priscilla  (dont elle était l’avocate) a vraiment été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Ces deux jeunes filles en proie à une violence inacceptable… à la violence d’autres jeunes, dans une pauvreté sociale et culturelle inacceptable. Ça m’a donner envie d’œuvrer autrement”.

“C’est enfin l’occasion de faire un test grandeur nature de ce que peut faire l’écologie politique, sur la première région de France, si l’on fait les choix qu’il faut”, conclut-elle.

 «  Ce qui est sûr c'est que je serai fidèle à ce que je suis et que de ce fait je ne pratiquerai aucune langue de bois, ce qui ne me vaudra pas que des ami/es. Je ne prends pas cet engagement pour être aimée ou exercer le pouvoir pour le pouvoir, mais pour œuvrer avec toute l'équipe d'Europe Ecoogie, dans le sens d'une société plus juste, plus ouverte, plus humaine : on va commencer par la région Île-de-France. »

 

 « L’écologie politique n'est pas seulement une histoire de climat ou d'arbres ou encore de refus du nucléaire »

 

 « C'est la question de savoir quelle place nous accordons à l'Homme dans son rapport au monde, qu'il s'agisse de l'environnement dit "naturel", de la construction politique (Quelle démocratie créons nous ? Quelle place pour le citoyen dans cette démocratie ?), des rapports de production économique (entre l'ultra libéralisme, qui broie l'Homme et l'économie planifiée il y a de place pour une économie régulée et responsable, etc), sociale (Quelle école pour demain ? Quel système de santé ? Quelle police etc etc), Que mettons nous en place pour lutter contre la pauvreté - quelle soit sociale, financière, culturelle, elle n'est pas le fruit du hasard ou de la fatalité : elle le résultat de choix politiques absolument cyniques. 

Pour lutter contre cela, la revendication de l'Egalité de traitement entre les citoyens de tous bords, sans aucune exclusion, est un facteur de justice sociale donc de cohésion politique, donc d'unité de la nation française. Nous ne pouvons pas laisser la direction de notre pays et cela à tous les échelons, aux mains d'individus, qui ont si peu conscience des enjeux de l'écologie politique »

 

--> Caroline Mecary a été reçue fin novembre sur France 4 par Samuel Entienne, présentateur de l'émisson "Questions de génération", pour débattre autour de la question "Les homos font-ils de mauvais parents ?", à visionner ici.

 

• Et Emmanuelle Cosse, qui est-elle ?!

 

Emmanuelle Cosse est juriste, elle a été la présidente d’Act Up-Paris (célèbre association militante de lutte contre le sida) de 1999 à 2001 et est  l’actuelle rédactrice en chef du mensuel indépendant Regards (célèbre pour ses reportages photographiques et son parti pris anti-libéral).

C’est donc officiel depuis quelques jours, Emma figure sur la liste d’Europe Écologie en Ile-de-France pour les élections régionales de 2010, en deuxième position, donc éligible, à Paris face notamment à Jean-Luc Romero (ex-Ump, devenu PS). La militante nous en dit plus au cours d’une entrevue journalistique accordée à Yagg  (média gay et lesbien) sur ce nouvel engagement et sur le rôle majeur que doit davantage jouer la région, notamment en faveur des personnes LGBT.

Pourquoi avoir choisi de rallier Europe Écologie et pas une autre formation politique pour ces régionales ?

J’ai une histoire commune avec les Verts. C’est l’un des rares partis avec qui j’ai travaillé quand j’étais à Act Up. Ils nous ont beaucoup soutenu-e-s dans les années 90, notamment en ce qui concerne la bataille pour les médicaments génériques. On était aussi très proches de Noël Mamère au moment du mariage de Bègles. Quand le NPA et le Parti de gauche se sont créés, tout le monde disait que c’était là où allait se passer la recomposition d’une partie de la gauche radicale. Mais au même moment, il y a eu le pari d’Europe Ecologie avec le fait de réunir Daniel Cohn-Bendit, José Bové et Eva Joly. Et tout d’un coup, j’ai trouvé un lieu qui correspondait à mes idées et à ma manière de penser la politique. Ce n’est pas un parti unique avec un programme qu’on vous impose et que vous devez défendre. On est bien plus dans une sorte de réseau avec des volontés politiques qui sont en train de s’agréger et une volonté commune qui est de renverser l’hégémonie du PS, notamment.

Caroline Mecary, qui a également rejoint Europe Écologie pour les régionales, nous confiait récemment: “En tant qu’avocate, je défends des individus et des personnes, mais ça a ses limites. Ça n’a pas plus d’effet que la résolution du cas particulier que je défends. Et moi j’ai envie de peser un peu plus”. Ressentez-vous la même chose?

 

Ça ne m’est pas étranger. Cela fait longtemps que je réfléchis à l’action politique, à être présente dans les élections, etc. Avec l’arrivée de Nicolas Sarkozy au pouvoir et la politique qui est menée depuis deux ans et demi, je me dis qu’il faut arrêter les tergiversations. Je n’en peux plus des incantations de la gauche radicale qui passe son temps à dire qu’il faut être unis. La réalité, c’est qu’on est face à une droite qui est extrêmement dure et qui impose ses réformes au mépris de la société. On ne voit pas une opposition combative, le PS en tête, on a plutôt l’impression qu’elle est perdue. Après plus de 15 ans passés dans les mouvements sociaux, il y a un moment où l’on s’interroge: “À quoi on sert?”. Comment faire pour que ces mouvements ne soient pas vains? Le discours sur les luttes, c’est bien, mais ça ne suffit pas.

 

Droits pour les LGBT, sida… Qu’allez-vous faire sur ces questions au sein d’Europe Écologie pour les régionales?

La région, et notamment celle d’Ile-de-France, a beaucoup de pouvoir concernant ces questions, que ce soit la prévention du VIH ou la lutte contre l’homophobie. Elle finance beaucoup d’associations. Il faut voir comment on peut améliorer ses actions, pas forcément en mettant plus d’argent – même si l’État réduit de plus en plus ses financements. La région n’est souvent vue que comme un bailleur de fonds. Il faut aussi qu’elle mobilise.

La région a un rôle majeur à jouer dans la création de structures-pilotes qui permettent de répondre à des problèmes particuliers, comme l’exclusion des jeunes homos par exemple. Ce qu’a mis en place Ségolène Royal avec le chèque contraception, mais qui existe aussi dans d’autres régions, ça montre que la région peut pallier à des défaillances du système national.

Sur toutes ces questions, le bilan de la région Ile-de-France n’est pas complètement nul, par rapport à d’autres régions. Ce n’est pas une région qui n’a rien fait, mais souvent elle a été en appui sur des projets, il faut voir comment elle peut être à l’initiative de ceux-ci. Il y a aussi la question du handicap. Rappelons qu’un certain nombre de séropositifs et de personnes atteintes de pathologies graves ont un statut de travailleur handicapé lié à leur pathologie. Et la région peut avoir un rôle important dans la lutte contre la précarité des personnes handicapées, notamment en terme de formation professionnelle, qui est LA compétence de la région.

La région, c’est le lieu où l’on réfléchit au vivre ensemble, et notamment à comment faire en sorte pour que toutes les sexualités soient reconnues, acceptées, valorisées. La région est un échelon où l’on peut expérimenter des choses différentes que ce qui est en train de se faire au niveau national par ce gouvernement. Le problème est qu’on a des présidents de région souvent peu connus, peu communicants.

Il faut donc aller voter en mars prochain…

 

Quand on regarde la manière dont on parle des migrants, le débat sur l’identité nationale, les conneries qu’on a pu entendre sur l'amalgame entre homosexualité et pédophilie au moment de l’affaire Mitterrand, tout ce climat qui n’est pas très bon, y compris pour les personnes LGBT, il faut se demander: “Est-ce que j’ai le droit d’être en retrait de la vie politique?”. Que ce soit pour Europe Écologie ou pas, chacun fait ce qu’il veut, mais on ne peut pas ne pas aller voter. Ce serait comme cautionner la politique de Sarkozy. Il faut se réveiller. On n’est pas vraiment dans la France qu’on aime.

 

Emma a plus récemment déclaré à propos de la conférence sur le climat à Copenhague, dans un article publié sur Regards :

 

« C’est mon premier sommet sur les enjeux climatiques, c’est une nouveauté, mais je ne suis pas vraiment dépaysée. Cela m’évoque toutes ces conférences mondiales sur le sida organisées tous les deux ans, auxquelles j’ai participé depuis 1998 en tant qu’activiste pour Act Up puis en tant que journaliste. La dernière avait réuni en 2008 à Mexico plus de 25 000 personnes, toutes mobilisées pour répondre à l’urgence de l’épidémie, qui touche aujourd’hui près de 36 millions de personnes. »

 

Europe Ecologie, c'est quoi déjà et ça en est où ?

 

Europe Ecologie est le rassemblement de la mouvance écologiste crée pour les élections européennes sur une idée de Daniel Cohn-bendit, qui réunit les verts comme Hélène Flautre et Noël Mamère (tout deux d’ores et déjà fortement engagés pour les droits LGBT), ainsi que des membres d’associations comme Yannick Jadot (Greenpeace), José Bové ou Sandrine Bélier (ATTAC) et des personnalités comme la juriste Eva Joly (juge d’instruction de l’affaire Elf). Ce rassemblement est comme précédemment dit, reconduit pour les régionales avec de nouvelles personnalités politiques dont Caroline Mecary et Emmanuelle Cosse. La particularité des listes D'Europe Ecologie étant qu'elle soient composées à 50% de Verts et à 50% de non membres du parti, issus des rangs militants, associatifs ou de la société civile, en plus d'une parité hommes-femmes.

La campagne d'Europe Ecologie a donc été lancée à la mi-janvier, l'objectif est clair ; poursuivre la lancée des Européennes de juin dernier lorsqu'avec 16,28% le score d'Europe Ecologie avait frôlé celui du PS (16,48%). Le meeting de Montreuil a vu d'ailleurs la présence des eurodéputés Eva Joly, José Bové et Daniel Cohn-bendit, accueillis par la sénatrice de Seine-saint Denis et maire de la ville, Dominique Voynet. José Bové y a estimé que "15% (ndlr : selon les derniers sondages nationaux) serait déjà une formidable victoire". Cohn-Bendit a quant à lui souligné que "le PS serait certes devant mais que l'adversaire était bel et bien l'UMP". A ce propos, le Zénith de Paris a déjà été réservé pour l'entre deux tours avec le président socialiste sortant Jean-paul Huchon.

Toutefois, Daniel Cohn-bendit tout en rappelant que "le PS et Europe Ecologie étaient certes ensemble", il a maintenu qu'ils "étaient à la fois concurrents et que son rassemblement avait bien des équipes capables de diriger des régions". Europe Ecologie entend toujours virer en tête de la gauche dans plusieurs régions telles que l'Ile-de-France, les Rhônes-alpes et l'Alsace, obtenant peut-être ainsi plus de régions que l'UMP qui n'a de réelles prétentions à la présidence de régions qu'en Corse et en Alsace. Ainsi, Europe Ecologie entend se maintenir comme la troisième force politique française. Dominique Voynet ayant même déclaré espérer lors du meeting, "50 à 100 députés verts pour les législatives de 2012", selon l'AFP.

A l'égard de la cause LGBT, Cohn-bendit estime que "le Parti Socialiste est en train d'apprendre" : Avec les déclarations de Martine Aubry sur le mariage gay et les sans-papiers, le PS est au programme des verts il y a dix ans." Il souligne ici "l'importance d'une transformation écologique et sociale face aux crises", "le PS c'est pas ça, c'est plus ça" titre le journal Libération. Dans la même lignée, Cécile Duflot, secrétaire nationale des verts qui estime qu'il faut désormais "penser une société du XXIè siècle qui ne reproduisent pas les recettes d'une société du XXè siècle qui nous ont amené dans le mur."

Pour terminer, rappelons qu'aux dernières élections régionales de 2004, le PS avait obtenu 20 régions métropolitaines sur 22, et l'UMP s'était maintenu dans ses derniers bastions que sont la Corse et l'Alsace, et voici même les voeux des verts et écologistes pour 2010, en vidéo. Bonne année ;)

 

En photos :

1- Caroline Mecary en haut à droite et Emmanuelle Cosse en bas à gauche sous les bannières d'Europe Ecologie.

2- Un militant vert à la marche des fiertés, à Paris.