En France, il tue un millier d'adolescents par an. C’est la seconde cause la plus meurtrière après les accidents de la route parmi les 15-24ans. Pourtant, « il » passe souvent inaperçu voire absent de la scène médiatique. Enquête sur l’un des derniers tabous de la société.

On évalue à 45 000 le nombre de tentatives de suicide par an, sans compter les cas non élucidés. La tentative de suicide des adolescents est un problème social grave. Elle n'apparaît que trop peu sur nos écrans de télévision ou dans nos journaux. Pourtant, de nos jours, le suicide représente environ un décès sur 6.

Une partie de la population est plus touchée par le suicide. 30 % des jeunes homos tente de mettre fin à leurs jours. L'homosexualité n'est pas la cause en soit.  Le suicide résulte d'un problème d'identité face à une société hostile.

Nous avons rencontré M. Laurent il est notamment psychologue et sexologue. « La non acceptation de soit est l'un des facteurs les plus importants dans l'acte de la dépression puis du suicide. » nous dit-il. Beaucoup de ses patients sont des homosexuels, jeunes, la vingtaine même moins.  « Ce sont généralement des garçons plutôt que des filles qui pensent au suicide car ils n'assument pas leur choix sexuel, si l'on peut parler de choix. Et leur entourage ne les aide pas. » Continue t-il. La virilité reste une caractéristique prédominante chez les hommes. L'homosexualité est perçue comme un frein.


Pourtant, la société les accepte mieux qu'il y a quelques décennies. Ils devraient se sentir moins rejeter que ceux qui les avaient précédés. Il semble y avoir là un paradoxe. 

Il faut mesurer la distance qui existe entre une élite parisienne, qui a, il est vrai, changé ses représentations, et le reste de la société. Il reste quasiment impossible d'envisager qu'un jeune homosexuel puisse parler sereinement de sa différence en milieu scolaire, par exemple.  « Et c'est d'autant plus difficile s'il est en province, dans un lycée technique, dans une cité, dans un milieu social défavorisé » nous avoue M. Laurent. L'homophobie est très ancrée et elle crée des souffrances invivables pour les jeunes qui découvrent leur orientation sexuelle non conventionnelle. Le suicide est, hélas, un excellent indicateur.

Avant, la société s'occupait de les juger, de contrôler leurs comportements. Maintenant ils se retrouvent seuls face à cette différence. Ils se révèlent être des juges plus sévères. La société est plus ouverte mais l'humour de cette même société est plus sarcastique et cruel. Le ridicule tue, ne dit-on pas, c'est pourtant le cas ici.

Le docteur david dirige l'unité médico-psychologique de l'adolescent et du jeune adulte;  Elle accueille, en milieu ouvert, tout patient âgé de 14 à 25 ans, ayant effectué une tentative de suicide ou ayant des idées suicidaires. Les admissions se font directement à partir des services d'urgence  ou après consultation avec un psychologue. Les séjours sont courts, 10 à 15 jours, plusieurs centaines de jeunes sont déjà venus ici. 

L'objectif de cette unité est simple nous explique le docteur David: « Comprendre et aider ces jeunes dans leur mal-être ».

 

Photos : Flickr, Dave Viney Birmingham