Parce qu'il va bien falloir que je l'écrive, pour dire à quel point je ne le comprends pas, pour dire à quel point ces choses ne devraient pas être normales. Je vais râler, encore une fois, mais une fois pour toutes.

Moi, dans ma classe, j'ai souvent l'impression d'être un type à part. Oh et puis n'ayons pas peur des mots, pas souvent, tout le temps. Cette façon qu'ils ont d'être comme ils sont. Cette façon qu'ils ont de te casser les pieds même quand tu leur as rien demandé. Voici l'histoire que j'aurais dû écrire il y a longtemps, et qu'aujourd'hui je suis prêt à raconter.

Il fut un temps où j'étais ce que j'appelle moi-même un "homo planqué". Personne ne savait, et à cette époque, c'était pas très important : le besoin d'être aimé ne s'était pas encore fait ressentir. Je poursuivais donc ma vie, tranquillement, sans m'inquiéter de ce qui aujourd'hui devient préoccupant.

Car alors, après un coming-out très mouvementé (j'y reviendrais, un jour, peut être, car c'est un coming out horrible que j'ai vécu), je pris conscience véritablement de ce que j'étais et suis encore aujourd'hui. Ah ben oui, mon petit Antho, t'aime les mecs. Et bon, dans certaines situations, ce n'est pas fondamentalement embêtant, dans le mien ça l'était plus.

Pas d'homo dans la famille. Ni dans les amis. Nulle part. Et effectivement au départ, t'as l'impression de te sentir seul. Tu te demandes franchement si t'es le seul à être comme ça, tu sais très bien que non, qu'il y en a d'autres mais évidemment, ils sont a des centaines de kilomètres. Alors toi t'es là, et pendant quelques semaines ben tu penses.

Me concernant, ce n’est pas grave : je pense toujours. On me tape souvent dans l'épaule pour me parler, sinon je suis complètement ailleurs. À penser à où ira ma vie si elle doit aller quelque part. Pas ici en tout cas. Oh non, pas ici.

Quand j'ai commencé a me rendre compte que l'amour finirait par me manquer, je n'ai pas commencé a le chercher tout de suite. J'avais peur de ce que c'etait, moi qui avais toujours été un célibataire solitaire endurci. Mais les choses évoluent. Doucement.

Et puis au fil du temps, je me rendis compte, non sans une certaine amertume, que l'amour m'était indispensable. Non pas que mes fidèles PC ne m'apportassent plus la stabilité que j'avais avant, mais disons que ça ne suffisait plus. Oui c'était comme ça avant, et c'était très bien d'ailleurs : un PC et j'étais heureux. Mais ça a changé.

J'ai donc voulu chercher l'homme qui pourrait m'aimer, sincèrement. J'ai cherché longtemps. Plus d'un an et demi, depuis que j'étais sur Zag, je cherchais. En vain. Personne chez moi. Les jours défilaient et je voyais le reste du monde, que des hétéros et aucun homo, se caser avec cette fille ou celle-là. Et je me regardais le matin dans une glace en me disant : mais qui tu es toi ? Pas un mec normal c'est sûr.

Je poursuivais donc ma vie, avec ce besoin en moi qui n'arrêtait pas de grandir. Allais-je trouver l'amour ? Et puis un jour, : oh surprise... un contact, enfin, après tous ces longs mois...

Il correspondait parfaitement au profil, mais nous ne détaillerons pas ici cette histoire, mal digérée encore. Un SMS bidon l'a fait tourner court il y a plus de deux mois déjà.

Aujourd'hui je suis donc seul, et pas qu'un peu. Pas de connaissances homos réelles, juste une classe d'hétéros totalement beaufs qui passent leurs journées à se balancer tout le contenu de leurs trousses en cours, ou a te sortir des vannes foireuses et a te poser l'ultime question, oh oui l'ultime question que tu n'as pas demandée: "Est-ce que t'es gay?". Mais enfin, qu'est-ce que ça peut bien te faire à toi que je suis gay ou pas. Si je disais oui, je serais le phénomène de foire que tout le monde viendra questionner. Si je disais non, je ne serais pas en accord avec moi-même. Si je ne dis rien, comme c'est toujours le cas, ils prendront ça pour un oui...

Et je les vois, pour certains heureux avec leur copine, grand bien leur fasse, ils sont heureux ceux-là. Pour d'autres et c'est la majorité des cas que je vois, gaspillant fièrement l'amour que ces filles leur porte. Ça me dégoûte.

Tout cela pour dire que la vie, on dira ce qu'on voudra, elle est par nature injuste. Moi je ne demandais rien d'autre que la sincérité d'un amour durable. J'ai perdu espoir de le trouver. Je songe déjà à me réfugier dans mes PC, mais je sais déjà que ça ne suffira pas. Ça suffit plus. Mais rien que mon coming-out m'a fait endurer une épreuve dure qui m'a blindé encore plus que je ne l'étais auparavant contre la vie. Mais pour combien de temps encore?

Voilà une partie, toute petite, de l'histoire de la vie d’Antho, un type qui n'as jamais été comme les autres.

Si vous avez lu jusqu'ici, merci à vous, et à bientôt.