Tous les représentants de ce qu'on appelle la "communauté homosexuelle" ne cessent de clamer le droit des gays à s'exprimer librement dans tous les domaines et revendiquent leur appartenance à un mouvement culturel bien défini. Comment les homosexuels d'aujourd'hui exploitent-ils ce droit et quelle réalité donner à cette culture alternative?

Avant toutes choses je veux préciser que cet article n'engage que moi et que je ne fais qu'exprimer mon avis qui, je l'espère, contribuera à ouvrir les yeux de certains. Cet article n'est qu'un bref texte basé sur ma propre expérience et n'a aucunement la prétention de s'affilier à une quelconque étude d'ordre sociologique.

Depuis un certain nombre d'années, difficile à définir, de nombreuses personnes se sont engagées dans la lutte pour les droits des homosexuels. Grace à leur engagement, nous pouvons vivre à peu près librement au vu et au su de tous, tout en étant beaucoup moins sujet à la discrimination aujourd'hui que pendant les siècles passés. Nous exploitons aujourd'hui ce nouvel état jusqu'à passer de l'intégration à la distinction. En effet l'homosexualité aujourd'hui se revendique comme un mode de vie dont on est fier. Elle devient dans les milieux tolérants un facteur de différence valorisant. L'arrivée des homosexuels dans un quartier en fait par exemple augmenter les loyers. Le tourisme homosexuel rapporte proportionnellement plus d'argent que le tourisme hétérosexuel. Enfin la conscience collective nous attribue une acuité particulière dans certains domaines comme la mode, et ce de manière totalement contradictoire avec toute idée de négation des préjugés.

Seulement si l'on s'arrête quelque peu sur l'étendue de ce que la "communauté homosexuelle", s'il y en a bien une, apporte à la société entière, que peut-on constater? Que nous nous complaisons résolument dans l'affichage de valeurs superficielles et matérialistes qui n'apportent concrètement rien de culturellement intéressant sur la scène mondiale. Qui aujourd'hui est capable d'utiliser son expérience d'homosexuel pour écrire autre chose qu'un énième récit érotiquement chargé sur l'amour impossible entre deux jeunes minets gaulés comme des dieux? Où sont donc les illustres homosexuels qui utilisent leurs pulsions autrefois refoulées pour les transformer en une énergie créatrice intensément exploitée? Nous avions bien quelques grands couturiers ou des écrivains extraordinairement talentueux comme Proust ou Gide, mais aujourd'hui, maintenant, où sont nos intellectuels chargés de faire passer le message de tolérance, d'égalité, d'amour universel qui sont ardemment revendiqués par les associations? Comment espérer une compréhension sincère de la part des hétérosexuels si personne n'est capable de leur faire intrinsèquement saisir la difficulté que représente le fait de se sentir parfois déviant et rejeté, et surtout totalement impuissant face à des désirs incontrôlables?

L'idée à laquelle je veux parvenir c'est que nous devrions travailler à faire changer cette image (parfois très séduisante j'en conviens) de paillettes, de luxe et de faste, ce culte du corps poussé à l'extrême, cette provocation malsaine qui ne sert qu'à faire payer au reste du monde des années de persécutions. Nous n'avons en aucun cas besoin de montrer à qui que ce soit que nous avons réussi à être heureux tels que nous sommes, cette idée est déjà largement passée dans l'esprit d'une majorité de personnes, il faut désormais leur montrer que nous sommes capables nous aussi d'intellectualiser les choses, d'exploiter notre condition pour contribuer aux recherches philosophiques sur le statut de l'homme dans le monde, de mener des réflexions à bien pour expliquer les phénomènes de construction de la sexualité : il serait erroné de croire que tout le travail a déjà été fait!

Nous sommes aujourd'hui dans une crise de la production culturelle des homosexuels ; crise certainement liée à la redéfinition des valeurs occidentales que toute les sociétés capitalistes endurent, mais dont il faut néanmoins chercher à sortir.

Ecrivons, peignons, théorisons au lieu de nous complaire dans un style de vie entièrement fondé sur les boites, les fringues, le cul, l'argent et l'alcool (ce qui n'empêche pas de continuer à faire la fête de temps en temps!)