A propos d’une campagne de sensibilisation à l’homophobie que veut mener dans les écoles le ministre de l’Education Xavier Darcos, le sénateur UMP Gérard Longuet s’est ému qu’« on promeu[ve] […] des formes nouvelles de sexualité dans l’école et qu’on combat[te] en même temps la pédophilie », voyant apparemment une contradiction entre ces deux objectifs affichés. Deux ou trois choses que Xavier Darcos (ou un autre !) aurait pu répliquer à Gérard Longuet…

L’actualité sur le front de l’homophobie en ce début du mois de novembre a été largement occupée par la relaxe du député UMP Christian Vanneste, précédemment condamné à 3 000 euros d’amende pour avoir tenus des propos homophobes. Mais un autre parlementaire de notre beau parti majoritaire, un sénateur celui-là, a également trouvé le moyen de faire parler de lui ces jours-ci. Au cours d’une audition au Sénat du ministre de l’Education (UMP également) Xavier Darcos, qui entend mener une campagne de sensibilisation à l’homophobie dans les écoles, le sénateur Gérard Longuet a souligné avec finauderie qu’il était « extrêmement réjouissant de savoir que l'on promeut en effet des formes nouvelles de sexualité dans l'école et qu'on combat en même temps la pédophilie… Il y a quand même un moment où il faut savoir sur quelles valeurs on s'arrête... ». Au-delà de la consternation qui a légitimement accompagnée cette déclaration d’autant plus affligeante qu’elle provient d’un élu de la République, cette sortie de Longuet amène quelques réflexions. Comment peut-on rationnellement disséquer un tel tissu de sottise crasse ?


 


On retrouve d’abord, dans les propos de Longuet, la vieille association entre homosexualité et pédophilie. Association constamment démentie par les faits (puisqu’une majorité des agressions sexuelles contre des mineurs sont le fait d’hétérosexuels, et non d’homosexuels, et que la proportion d’individus présentant des tendances pédophiles n’est pas plus élevée chez les homosexuels que chez les hétérosexuels), mais qui a semble-t-il la peau tenace. Qu’un homme politique puisse se moquer à ce point de la réalité des faits au profit de ce qu’il faut bien appeler un fantasme haineux en dit long sur son degré d’idéologisation aveugle.


Ce qui frappe ensuite, c’est la caractérisation de l’homosexualité comme « une forme nouvelle de sexualité »… Là, on ne sait plus trop s’il faut rire ou pleurer d’un tel degré d’inculture chez un ancien élève du lycée Henri IV, de Sciences-Po Paris et de l’ENA... Nul besoin en effet d’être un spécialiste en gender studies pour savoir que l’homosexualité n’est pas une mode passagère née dans le sillon de la libération sexuelle des années 60-70. On conseillera donc simplement à Gérard Longuet de traverser la Seine, de quitter le palais du Luxembourg pour celui du Louvre et de s’attarder tout particulièrement sur les collections du département des Antiquités grecques, histoire de réaliser que ces « formes nouvelles de sexualité » sont en réalité vieilles comme le monde, et que leur origine se confond avec celle de la sexualité humaine.


 


Enfin il faut quand même relever cette confusion grossière entretenue par les propos de cet ancien membre du groupuscule d’extrême-droite Occident : la campagne de sensibilisation à l’homophobie que veut mener Xavier Darcos dans les écoles ne vise pas à « promouvoir » l’homosexualité, mais à lutter contre les préjugés et la mauvaise image qui l’entourent. Ces préjugés et cette mauvaise image, eux, sont malheureusement une réalité tout ce qu’il y a de plus concrète, contrairement aux fantasmes de Longuet associant homosexualité et pédophilie. Selon des chiffres avancés par la Défenseure des Enfants Dominique Versini dans son rapport thématique 2007 intitulé Adolescents en Souffrance (disponible en PDF à http://www.defenseurdesenfants.fr/pdf/RappThem2007.pdf), « un quart des tentatives de suicide des garçons âgés de 15 à 25 ans et 10 % de celles des filles du même âge sont très liés à un problème d’homosexualité dont ils ne peuvent parler qu’à la suite de ce geste » (p. 26). Rappelons que le suicide est la seconde cause de décès chez les jeunes de 15 à 24 ans en France, avec 621 décès en 2004. Mais cela, apparemment, Gérard Longuet n’en a cure. Plutôt que de tenter de réduire ces chiffres, de réduire les occurrences de cette souffrance (aussi bien celle des adolescents qui découvrent leur homosexualité que celle des parents confrontés au suicide de leur enfant), il préfère soulever le risque illusoire d’une banalisation de la pédophilie et la fiction plus grotesque encore d’une campagne de promotion de l’homosexualité. Comme si le but inavoué de cette opération était de « recruter » de nouveaux adeptes de ce que l’on appelait autrefois pudiquement « l’inversion »… Il est d’ailleurs amusant de noter la récurrence chez les homophobes de cette peur – hélas, dirons certains… – imaginaire d’une possible « conversion » en masse des hétérosexuels à l’homosexualité, peur que l’on retrouvait déjà en filigrane dans les propos de Christian Vanneste, soulignant les « menaces pour l’Humanité » que ferait planer une hypothétique généralisation de l’homosexualité. Comme-ci eux-mêmes n’étaient pas assez convaincus de leur propre hétérosexualité et craignaient qu’on puisse, à travers une habile propagande du lobby des « Khmers roses », la leur ôter…Qu’ils se rassurent tout de suite : si leur hétérosexualité est véritablement si inébranlable, il n’y a aucune raison pour que celle de la majorité de nos concitoyens le soit moins.


 


Ajoutons que s’il est effectivement possible, en présentant l’homosexualité sous un jour un peu plus favorable, d’arriver à convaincre un jeune adolescent homosexuel de s’accepter tel qu’il est, il est en revanche fort peu probable qu’on parvienne à un jour à rallier un jeune adolescent hétérosexuel aux charmes de l’amour entre hommes. Tout simplement parce que notre attirance pour les femmes ou les hommes, pas plus que notre goût pour le chocolat, les tripes à la mode de Caen ou les endives braisées, n’est en aucune façon le produit d’un choix réfléchi et donc susceptible d’être infléchi, mais une caractéristique de notre individualité qui s’impose à nous de la même façon et avec la même force que la couleur de nos yeux ou de nos cheveux. En d’autres mots, c’est profondément méconnaître les mécanismes du cœur que de penser qu’on puisse faire d’un homo un hétéro, et inversement…