Chaque adolescent gay ou bissexuel est passé par cette étape : La découverte et prise de conscience de son homosexualité.

Difficile et longue pour certains, courte et facile pour d'autres. En ce qui me concerne, j'ai mis quelques années à m'accepter. Cet article est un résumé de ces années passées à me poser tant de questions, auxquelles j'ai finalement trouvé des réponses.

De mon point de vue, tout homme connaît des choses sur lui-même, mais le problème est qu’il n’en a pas toujours conscience.
Pour ma part, la prise de conscience de mon homosexualité passe par trois phases : la découverte de soi, la remise en question de son identité, l’acceptation.

Je ne me qualifierais pas d’être spécial, sortant de l’ordinaire, ou encore de « rejeté » ; mais simplement d’adolescent perdu à la recherche de sa raison d’être.

Mon histoire commence au collège. A mon entrée en Sixième je découvre un nouveau monde : je me fais de nouveaux amis, découvre de nouvelles personnalités et lâche petit à petit mes amis de primaire. Très vite je tombe amoureux d’une fille de ma classe. N’étant jamais tombé amoureux avant, je découvre ce nouveau sentiment aussi magique que destructeur. Les mois passent, je n’ai d’yeux que pour cette fille, mais il y a comme un blocage en moi : je n’ose jamais lui parler, dès qu’elle me parle, j’ai peur. De plus, ma popularité au sein de la classe n’est guère impressionnante : je subis toutes sortes de moqueries, « Pédé, tapette, bouffon ». Je ne comprends pas du tout ce qui se passe et prend peur. Je n’aime plus trop l’école.
L’année passe et arrive la classe de Cinquième. Encore une année difficile. La fille sort avec un garçon puis un autre. Je suis démoralisé. Cependant je tombe amoureux d’une autre fille. Rebelote. Je suis « coincé » et je ne comprends pas du tout ce qui se passe.
Vient ensuite la Quatrième : année qui marquera un tournant dans ma vie. Je deviens vite meilleur ami avec un garçon qui me ressemble assez. On a beaucoup de choses en commun. Puis un jour, alors qu’il passe la soirée chez moi, on parle dans la chambre. La soirée passe, puis il devient tout silencieux et me lance « Tu as déjà embrassé quelqu’un, avec la langue ? ». Je lui réponds que non. Je le vois qui commence à trembler d’une façon incontrôlable. Je tremble aussi, mais une fois de plus je n’ai aucune idée pourquoi. Puis d’un coup il vient dans mon lit et m’embrasse. Nous passons plus d’une heure à nous embrasser. Le lendemain, une fois cet ami parti, je me sens très mal, je ne parle plus à personne. Je me rends compte de ce que j’ai fait la veille. Est-ce normal ? Est-ce acceptable ?

Les semaines passent et ma relation avec cet ami change. Il me dit qu’il aime les garçons, moi je lui réponds que je ne sais pas. Les petites soirées chez lui ou chez moi se multiplient.
Je suis heureux mais déprimé. Je pense que je ne suis pas normal, qu’il m’arrive quelque chose de bizarre et cela me donne la boule au ventre.
A la télévision je regarde des émissions avec ma mère. Le sujet de l’homosexualité arrive un soir. Je suis absorbé par le programme, et me sens concerné. Ma mère me dit « Tu sais, si tu étais gay je t’accepterais comme tu es ». Cela me fait peur. Serais-je gay ? Alors je lui dis que non, je ne suis pas homo.

Arrive l’été. Je pars avec mon « ami » en vacances en Bourgogne pendant une semaine. Nous nous embrassons des fois le soir. Nous sommes amis avec des liens étroits. A mon entrée en Troisième, je deviens très ami avec cette fille dont j’étais amoureux en Sixième. Elle devient très vite ma meilleure amie (je lui donnerais le nom de A.). Un jour j’apprends que mon ami vient de dire à A qu’il est gay. Sans même prendre le temps d’y réfléchir, je me connecte sur Internet et va parler à A par messagerie instantanée. Je lui annonce que j’aime bien les garçons, mais aussi les filles (pour me rassurer ?). Elle le prend très bien. Je suis heureux, je viens d’effectuer mon premier Coming-Out.
L’année passe, l’heure des séparations est arrivé : nous partons tous dans des lycées différents.

Mon entrée au lycée se passe très bien. Je me fais plein de nouveaux amis. Au fur et à mesure que les mois défilent, je me rapproche d’un garçon. Je tombe sous le charme. J’essaie de me persuader qu’il est soit gay, soit bi ; même si je sais pertinemment que cela est impossible. Il rencontre une fille et sort avec. Je suis très triste et essaie de l’oublier. Je n’y arrive pas, alors il me prend l’idée folle de lui faire mon Coming-Out, une fois de plus par MSN. Il le prend très bien et cela me soulage beaucoup ; je peux enfin passer à autre chose. Dans la foulée je dévoile mon homosexualité à deux autres amis de ma classe, qui le prennent bien aussi. Je me rapelle toujours de cette phrase que j'ai sorti à Damien : "Tu sais, les filles c'est pas mon truc", avec un petit sourire gêné.

Cependant, je ne me sens toujours pas très bien. Je comprends vite que je me force à bien aller, je me donne l’illusion d’être heureux, mais ce n’est pas le cas.
Maintenant quand j’y repense, je crois que c’est le fait de devoir contrôler tous ses mots, de devoir faire attention à ce que l’on dit, et de devoir se cacher tout le temps qui m’avait rendu si triste.

Mon année de Première passe assez vite. Je réussi à faire mon Coming-Out à deux personnes de plus (la liste commence effectivement à s'allonger). Mais il y a toujours cette chose qui me dérange au fond de moi.

Cette chose, je l'ai découverte cette année (année de ma Terminale). Cette chose qui me manquait, cette chose auparavant indescriptible car inconnue. C'est en partie grâce à Za-Gay que je l'ai trouvée:
Je me suis inscrit sur ZAG en Aout 2007. Les mois passent, je commence à me faire des amis virtuels. Le site me fascine tellement (diversité des personnes, ressemblences frappantes avec certaines histoires) que je m'y accroche de plus en plus.
Arrive le moi de Mars 2008 : ce mois là je prends part à ma première rencontre entre internautes (appelée plus communément "ZagMeet") pas loin de chez moi en Bretagne.
Là c'est le déclic. Je suis entouré de Gays et de "Bi". Je me sens tout de suite à l'aise, car pour une fois il n'y a pas besoin de modérer ses paroles et ses gestes ainsi que sa façon d'être. Il faut dire que c'était la première fois que je me retrouvais avec autant de Gays. Je rencontre des gens vraiment formidables. Et c'est là que je trouve cette Chose: j'ai enfin trouvé mon milieu, des gens bien qui peuvent comprendre nos petits problèmes. Les hétéros ont beau être compréhensifs, mais je doute fort qu'ils comprennent ce que nous ressentons par moments.

Depuis les deux "Meets" j'ai trouvé un sorte de raison d'être. Cela m'aide beaucoup au lycée, et dans la vie de tous les jours. ça me rend plus heureux et m'aide à ne pas prendre en compte certaines petites remarques ou moqueries, qui peuvent paraître anodines pour celui qui les itère, mais qui peuvent être blessantes. Je suis maintenant heureux et satisfait de moi-même.

Pour finir, je dirais que je me suis enfin accepté comme je suis. Être gay, c'est quelque chose de spécial, mais c'est aussi quelque chose de formidable. Le plus dur est de se trouver, chose qui peut parfois prendre du temps et beaucoup d'énergie.

Il ne reste plus que mon Coming Out à la famille maintenant, avant d'être définitivement libéré de ce poids.