Alors étudiant iranien à Londres, Mehdi Kazemi, dix neuf ans, apprend l'arrestation, la condamnation et l'exécution de son petit ami dans son pays.

Mehdi Kazemi, dix neuf ans, iranien de nationalité, arrive à Londres en 2004 pour y étudier la langue anglaise. C'est pendant son séjour en Angleterre qu'il apprend par son père au téléphone que son petit ami a été arrêté par la police iranienne, condamné pour crime de sodomie selon la loi iranienne en vigueur et exécuté par pendaison. Par ailleurs, il apparait aussi que ce dernier a été interrogé sur ses différents partenaires sexuels et que Mehdi Kazemi a été formellement nommé, le plaçant ainsi sous le même chef d'accusation et la même peine.

C'est à cet effet qu'il dépose auprès des autorités britanniques une demande d'asile politique, sa vie étant menacée par une exécution potentielle par la justice iranienne pour un crime que la loi britannique reconnait comme une liberté [majorité homosexuelle fixée à 16 ans].

Sa demande d'asile politique a été rejetée en fin d'année 2007.

Mehdi Kazemi, devant sa nouvelle situation de résident illégal à Londres et sous la menace d'une expulsion, décide alors d'immigrer aux Pays Bas. C'est dans ce pays qu'il est arrêté pour défaut de titre de séjour et placé en centre de rétention où il y apprend sa condamnation en Angleterre à une peine d'expulsion.

Lors de sa comparution au tribunal, Mehdi Kazemi, a demandé à la justice néerlandaise de ne pas le renvoyer au Royaume Uni où il sera expulsé vers l'Iran, son pays d’origine. Il a écrit au gouvernement britannique et interpelle le ministre de l'intérieur en ces mots :
"I wish to inform the Secretary of State that I did not come to the UK to claim asylum [asile - réfugié politique]. I came here to study and return to my country. But in the past few months my situation back home has changed. The Iranian authorities have found out that I am a homosexual and they are looking for me. [...] I cannot stop my attraction towards men. This is something that I will have to live with the rest of my life. I was born with the feeling and cannot change this fact but it is unfortunate that I cannot express my feeling in Iran. If I return to Iran I will be arrested and executed like my former boyfriend." (« Je souhaiterais informer le secrétaire d’état que je ne suis pas venu en Angleterre pour réclamer l’asile politique. Je suis venu ici pour étudier et retourner chez moi. Mais dans les derniers mois ma situation a changée. Les autorités iraniennes ont découverts que je suis homosexuel et me recherchent. […] Je ne peux réprimer mon attirance envers les hommes. C’est un sentiment avec lequel je dois vivre jusqu’à la fin de mes jours. Je suis né avec ce sentiment et je ne peux rien y changer et c’est à mon grand regret que je ne peux vivre ouvertement mes sentiments en Iran. Si je retourne en Iran je serais arrêté et exécuté comme mon ex petit ami »)

Le sort de Mehdi Kazemi dépend maintenant de la décision de la court d'appel néerlandaise qui statuera sur son expulsion au Royaume Uni, le traité européen de Dublin permettant à un pays de l'Union Européenne d'expulser un demandeur d'asile vers le premier pays membre dans lequel il y a formulé une demande. Il lui saura aussi permis à l'issue du procès de savoir si il est autorisé à déposer une demande d'asile politique aux Pays Bas qui reconnait ce statut aux personnes homosexuelles iraniennes menacées dans leur pays. Les lobbies gays britanniques et européens ont été informés de sa situation contre laquelle ils saisissent les gouvernements concernés et l'opinion publique.

Le cas de Mehdi montre les limites du système des quotas dans l'attribution du statut de réfugié politique au Royaume Uni qui ignore les situations personnelles et les cas particuliers.

Il rappelle aussi que depuis la Révolution religieuse iranienne de 1973, 4 000 homosexuels(elles) [selon Iranian human rights campaigners] ont été condamné(e)s et exécuté(e)s soit une moyenne de 114 exécutions annuelles pour crimes sexuels liés aux relations homosexuelles -masturbation, fellation, sodomie,...-

 

Jusqu'où nos différences culturelles et religieuses et la formalisation que l'Etat -légitimé par le peuple- en a fait dans sa législation nous permettent-elles de juger les autres et a forciori de les condamner ?

Quelle est la pertinence de nos programmes de protection des citoyens de nationalité étrangère menacés dans leur pays ?

Le 24 septembre 2007, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad, en conférence à l'Université de Columbia avait déclaré : "In Iran, we don't have homosexuals, like in your country."

Le 28 août 1963, Martin Luther King prononçait son discours « I have a dream » sur les marches du Lincoln Memorial pendant la Marche vers Washington pour le travail et la liberté à Washington [Etats Unis].

 

Aujourd'hui je crois que beaucoup d'Iraniens ont un rêve mais que beaucoup vivent un drame éveillé. Quels pays y a-t-il pour jouer les marchands de sable ?

 

M.R.

 

[Selon l'article A life or death decision -The Independant- By Robert Verkaik, Law Editor
Thursday, 6 March 2008. http://www.independent.co.uk/news/uk/home-news/a-life-or-death-decision-792058.html ]

[Photographie : Exécution publique par pendaison de Mahmoud Asqari, dont il est avéré qu'il n'avait pas plus de seize ans au moment de son exécution et Ayad Marhouni, Iran, 19 juillet 2005. http://fr.wikipedia.org/wiki/Mahmoud_Asgari_et_Ayaz_Marhoni http://isna.ir/Main/PicView.aspx?Pic=Pic-556874-1&Lang=P ]