Un coming out pas très gai. Quand mon père l'a appris, il a été capable de me dire les pires choses qui soient... Au contraire, quand je l'ai dit à mes amis, ça n'a fait que nous rapprocher. Y'a des choses qui s'expliquent pas. Le récit de mon coming out, si ça peut aider quelqu'un...

J'ai a peu près toujours su que j'étais gay, ou plus exactement, j'ai a peu près toujours su que j'avais une attirance pour les mecs, le reste venant plus tard. Alors, quand j'ai compris ce que c'était qu'être gay, quand j'ai découvert le mot homosexuel, je me suis pas posé trop de question : pour moi, que deux personnes du même sexe puissent s'aimer, ça ne m'a jamais dérangé. Et puis j'étais dans ce cas... Alors l'acceptation personnelle est rapidement venue.

Avant de le révéler à ma famille, mes amis m'ont aidé à en parler. Non pas parce que j'avais peur, mais parce que même si c'était une partie non négligeable de ma personnalité, ce n'était pas non plus quelque chose d'essentiel. Surtout qu'avec mes amis, les discussions ne s'arrêtaient pratiquement jamais sur les personnes qui nous attiraient, ou tout sujet qui aurait pu m'amener à en parler.

Et puis finalement, un jour, mon meilleur ami, en présence d'autres très bonnes amies, me demande d'enlever mes écouteurs et nous dit, après un bref blanc : "Est-ce que ça vous dérange d'avoir un ami bi ?". Après un petit temps de latence, j'ai été tenté de répondre : "Ca vous fait quoi d'en avoir deux ?", mais j'ai juste dit, comme un boulet de première classe : "Non, pas du tout !", et j'ai remis mes écouteurs. C'est qu'après, quand j'ai assimilé la nouvelle (le soir même en fait si je me souviens) que j'en ai parlé, plus ou moins à mes amis sur MSN, avant de leur dire, le lendemain.

Au départ, moi et mon meilleur ami, on se considérait comme bi. Après tout, on était "tombés amoureux" de la même fille, une de nos proche amie, mais avec le temps, on s'est rendu compte qu'on était beaucoup plus proche de l'homosexualité que de la bisexualité, notamment au niveau des sentiments. Donc c'est sous cette forme que j'ai fait mon coming out à mes amis, et plus tard à mon père...

Justement, en parlant de ma famille. Si avec mes amis ça s'est super bien passé, avec ma famille c'est loin d'être le cas. Pourtant, tout pouvait me laisser penser que ça serait plutôt bien pris : au cours d'un dîner de famille, mon père a clamé, face à l'intolérance du reste de la famille en présence "Vous êtes tous plus intolérants les uns que les autres ! Moi, si Florent était gay, je l'accepterais totalement, et je le soutiendrais !".

Du coup, pendant les vacances d'été qui suivirent cette déclaration de très près, je vécu ma première histoire d'amour, à distance, avec un mec. Comme justement on pouvait pas beaucoup se voir, vu la situation géographique, j'ai décidé de tenter le coup à ce moment (j'étais à Marseille, il devait y passer). Mais, trop candide pour mentir à mes parents, j'ai décidé d'en parler à mon père : une chance pour moi, ce soir là il était sur MSN.

Papa dit : Salut mon fils, quoi de neuf ?
Florent dit : Bah pas grand chose, c'est les vacances et puis voila, je me repose. Ah, si ! Je dois voir un copain pendant les vacances, je voulais te prévenir.
Papa dit : Encore un pote du net je suis sûr ! Je veux pas que tu le vois ! Imagine il est homo, tu sais ce qu'il pourrait te faire ?
Florent dit : Ben non je sais pas... Pourtant j'en côtoie un tous les jours et il m'a jamais rien fait...
Papa dit : C'est qui ?
Florent dit : C'est Max, alors tu vois qu'il y a rien à craindre...
Papa dit : C'est que des conneries. Il fait de la masturbation intellectuelle ton pote ! Le fréquente plus, il va te pervertir.
Florent dit : Papa... Je pense que je le suis aussi, mais ça a commencé bien avant que je rencontre Max...

Et là, c'est le drame... Comme si j'avais appuyé sur le bouton rouge et déclaré la guerre nucléaire !

Mon père, finalement pas plus tolérant que les autres membres de la famille, et menteur par dessus ça, commence à me convaincre que je dis des conneries, que je suis jeune, et que comme tous les jeunes, je me pose des questions inutiles qui me paraitront stupides plus tard, quand je serai marié avec des gosses.

Je bronche pas, et lui répète que ça dure depuis un bon moment.

Il insiste, mais maintenant il rajoute insultes et menaces : "Je vais t'emmener voir un psy ; Je vais te couper internet ; Je vais te mettre dans le privé ; Je t'empêcherai de sortir et de voir du monde, je vais tout te supprimer si tu veux pas redevenir normal !" Pour exemple.

Je bronche pas, me contente de lui répéter inlassablement que ça changera absolument rien, les larmes aux yeux...

Alors il continue de plus belle. Maintenant, j'ai le droit aux pires stéréotypes sur les gays : "Chez les pédés, y'a pas d'amour : y'a que du sexe ; Les gays peuvent pas prendre du plaisir à se faire sodomiser, en plus c'est crade et contre nature ; Les homos sont tous des partouzeurs, y'a que ça qui compte pour eux ; Si les gays croient qu'ils le sont, c'est parce qu'ils se font influencer par les plus vieux qui veulent les baiser ; Les gays sont pas heureux ; Si tu restes gay, tu vas crever du SIDA.". Voici un florilège de ce que j'ai pu lire ce soir là.

Je bronche pas, mais mes nerfs commencent à lâcher... N'en pouvant plus, je lui dis au revoir et je quitte MSN, allant me coucher presque comme si de rien n'était.

Le lendemain et les jours suivant, je m'efforçais tant bien que mal à paraître en pleine forme et heureux de mes vacances à la mer chez mes grands parents. Mais tous les soirs, mon père me demandait au téléphone et c'était reparti pour un coup... Il tentait de me faire culpabiliser en disant que je respectais pas mes parents, que j'avais fait pleurer ma mère (alors que c'est pas moi qui suis allé lui dire !!!). Et en plus, je me suis rendu compte plus tard qu'il lui avait raconté des cracs pour la monter contre moi. Il m'a interdit d'en parler.

J'ai pas bronché.

Ca a duré encore deux semaines, jusqu'à ce qu'ils nous rejoignent pour des vacances à la montagne. Et en live, c'était bien pire qu'au téléphone ou par MSN : sous-entendus qui fusent à tout moment, tellement évidents pour moi, inintelligibles pour les autres... Ce que ça peut faire mal ! Par exemple, mon chat avait un problème de vessie et on a été obligé de lui poser une sonde. Du coup il faisait partout. Ca a été l'occasion dont il rêvait pour m'en mettre plein la tronche : "Les homos ils finissent toujours comme ça... C'est triste...".

J'ai toujours pas bronché, et même à la longue, ça finissait par me faire rire, tellement ça devenait pitoyable. Donc, j'ai pris la décision qu'à partir de ce moment, c'était fini : ses allusions, ses insultes directes ou pas, ses coups bas, je n'en pleurerais plus, mais j'en rirais. Cette décision m'a franchement aidé à tenir le coup je dois avouer.

Du coup, mon père a cru qu'il avait gagné, et je l'ai laissé croire. Moi ça m'arrangeait : au final, aucune de ses menaces n'avait été mise à exécution. Et du coup, j'avais rencontré du monde, et vécu une magnifique, mais trop courte histoire.

Mais récemment (l'année dernière), j'ai demandé la permission à ma mère pour aller voir "un copain" sur Paris. A l'époque, j'étais pas vraiment du genre à sortir comme ça (surtout parce qu'on me l'interdisait, même avant mon coming out...), donc elle a tout de suite compris et elle m'a pas dit non : "Demandes à ton père... Qu'est-ce que tu veux que je te dise, je vais pas t'empêcher de vivre...". Et bizarrement, au lieu des cris et des menaces, j'ai eu droit qu'à des yeux mouillés et un : "Fais ce que tu veux, j'en ai plus rien à foutre..."

Voila, aujourd'hui, ça a l'air de se passer pas trop mal. Je remue pas le couteau dans la plaie, je suis pas sadique, mais je vis ma vie en dehors du girond de mes parents. J'ai commencé à leur mentir, ce que je répugnais à faire avant cet épisode, pour m'émanciper et être heureux. Je sais qu'ils m'accepteront probablement jamais, mais je peux pas faire grand chose pour les changer... Dans ma famille, les gens sont tous plus têtus que des ânes, et c'est peu dire !

Récemment, j'ai été outé par un historique internet mal effacé (la faute à Zag en fait ^^) sur le PC de ma tante, catho convaincu qui est pourtant la personne à ce jour qui m'accepte le mieux...

Si je pouvais ne jamais avoir ouvert ma grande gueule ! Ca m'aurait évité bien des déprimes et des coups durs... Heureusement que j'ai des amis qui m'ont soutenus et aidés...

Pour finir, je me permettrais de donner un conseil (qui sera forcément pas très !object!if) à ceux qui voudraient tenter l'expérience... C'est bien les gens qui disent de tester leurs parents pour voir s'ils sont ouvert et tout et tout : mais regardez, pour moi ça a pas marché ! La tolérance, c'était qu'un masque que mon père portait pour dire "Moi je suis plus mieux que vous, nananère !". Alors si j'ai un conseil, et un seul : le coming out aux amis, oui ; le coming out aux parents, pas avant d'avoir pris son indépendance...