Questions au Dr Michel OHAYON, Coordinateur médical à Sida Info Service Ce n'est pas parce-que votre compagnon est « mignon, gentil et propre sur lui » qu'il est nécessairement séronégatif !

Sida Info Service : l'incitation au dépistage est le 1er thème de l�année « sida, grande cause nationale ». Pour quelles raisons est-il important d'encourager cette démarche ?
Dr Michel OHAYON : La France est le pays où le recours au dépistage est le plus élevé dans le monde. Il ne s'agit donc pas d'inciter au dépistage pour augmenter le nombre de tests pratiqués, mais plutôt d'encourager une démarche volontaire de diagnostic et de prévention.
Faire un test VIH sert à 2 choses :
- aider une personne séropositive à se faire soigner. Sur ce point, des progrès sont nécessaires, car près de la moitié des personnes qui déclarent un sida découvrent leur séropositivité à ce moment-là, notamment les personnes dont l'accès aux soins est limité (personnes marginalisées).
- Rencontrer un professionnel pour discuter et améliorer sa stratégie personnelle de prévention afin de rester séronégatif. Faire un test rapidement dans un laboratoire sans voir un médecin, ce n'est pas de la prévention.

SIS : dans quels cas est-il conseillé de faire un test VIH ?
Dr M.O. : Dans plusieurs circonstances :
- Quand on a pris un risque : un rapport sexuel non protégé avec une personne dont on ne sait pas si elle est séronégative ou séropositive ou une personne qui est contaminée.
- Quand deux personnes ont des relations protégées et souhaitent arrêter d'utiliser des préservatifs.
- Quand on ne sait pas si on doit faire un test : le médecin ou le Centre de Dépistage Anonyme et Gratuit peut l'indiquer.
Une précision importante : si le test de l'un est négatif, cela ne veut pas dire que l'autre est négatif aussi.

SIS : Quels sont les délais à respecter pour que le test soit valable ?
Dr M.O. : le test VIH doit être réalisé 3 mois après la prise de risque. Avant ce délai, les résultats peuvent être faussement négatifs. Alors la personne se croyant « négative » ne sera pas prise en charge et pourra transmettre facilement le virus à son partenaire sans que ni l'un , ni l'autre n'ait l'impression de prendre un risque.

SIS : Près de la moitié des personnes qui déclarent le sida découvrent leur séropositivité à ce moment-là. Plusieurs milliers de personnes ignorent leur statut sérologique. Peur des résultats, protections imaginaires, méconnaissance des risques pris comment lever les nombreux obstacles au dépistage ?
Dr M.O. : Le dépistage tardif résulte souvent d'une précarité qui est, soit vécue par les personnes (grandes difficultés sanitaires, sociales et économiques), soit redoutée si la séropositivité venait à être connue. De nombreuses personnes redoutent les résultats car une contamination par le VIH les condamnerait à une mort sociale insupportable. Le rôle des professionnels de la santé est de les amener à faire un test en rappelant la confidentialité de cette démarche qui permettra un accompagnement psychosocial si nécessaire.
Il est fondamental que notre société, les pouvoirs publics, les leaders d'opinion communautaires oeuvrent à rendre effective la non-discrimination des personnes atteintes.
Les protections imaginaires ont la vie dure. Ce n'est pas parce-que votre compagnon est « mignon, gentil et propre sur lui » qu'il est nécessairement séronégatif ! N'oublions pas que la plupart des gens sont contaminés par des personnes qui ignorent elles-mêmes leur séropositivité.

SIS : Le dépistage est basé sur le principe du volontariat. La question du test VIH obligatoire pour certaines catégories de personnes est régulièrement évoquée. Qu�en pensez-vous ?
Dr M.O. : La politique de responsabilisation qui a toujours existé jusqu'à aujourd'hui est efficace, en particulier parmi les populations visées par les mesures de dépistage obligatoire (soignants, femmes enceintes) et ce, pour deux raisons :
- Ces groupes de personnes sont dépistés en quasi-totalité
- Le dépistage est l'occasion d'une information qui se perdrait dans la banalisation d'un dépistage obligatoire.
Toutes les mesures coercitives, comme celles concernant les personnes suspectées de viol, ne font que répondre à des appels sécuritaires et créer des protections imaginaires supplémentaires. D'ailleurs, le Conseil National du Sida a récemment rappelé son opposition au dépistage obligatoire du VIH/SIDA.

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Entretien réalisé par Delphine Dorier pour Sida-Info Service