Un ami : "Il faut qu'on arrête on va devenir pd !". Quelques secondes. Moi : "Je le suis déjà."

J'avais 15 ans. D'abord à un ami, qui m'a longtemps fasciné. Je le désirais, j'essayais de provoquer quelque chose en lui. Un peu rieur, un peu inquiet, il me dit : "Il faut qu'on arrête, on va devenir pd !". Quelques secondes. "Je le suis déjà." Silence. Abasourdi mais très compréhensif, il a mis un peu de temps à le croire. Il me testait. J'ai eu trop de scrupules, je n'ai jamais osé profiter de la situation, tout en le désirant toujours plus. C'était un jeu inoffensif pour lui. Je ne suis pas sûr qu'on puisse en dire autant pour moi. La frustration fait des ravages, et pas seulement sur le frustré. Comme on agit sur l'autre sans s'en rendre compte ! Il m'a aidé, j'ai essayé de faire de même. Merci Thomas.

Un à un, je l'ai dit à mes ami(e)s, toujours avec plus ou moins d'appréhension. Personne ne m'a rejeté. Je ne dirai pas que cela n'a rien changé, au contraire. Un surcroît d'attention, de complicité avec les filles, de la curiosité chez les garçons. C'est tellement plus original ! J'avoue aimer ce petit supplément qui vous distingue, qui peut aider à exister si l'on ne le conçoit pas comme un enfermement.

Le plus dur, c'est toujours les parents. Je crois qu'on peut parler ici d'acte manqué. Une lettre d'une amie. Je me suis dit que ce n'était pas prudent de laisser en évidence sur mon bureau cette vérité. Je ne l'ai pas cachée, maman l'a lue (Ouh, la curieuse !). Ce fut difficile, surtout pour elle. Et 7 ans après il reste des stigmates. J'ai du mal à comprendre qu'on puisse se torturer l'esprit à se demander pourquoi et comment concernant quelque chose qu'il faut juste accepter. Pour mon père, je remercie le défunt et improbable magazine Idol, dont l'envoi discret d'anciens numéros fut ouvert, soi-disant par mégarde. Ma mère ayant toujours dit qu'il faudrait 10 ans à mon père pour l'accepter, je prévois une reprise de la communication prochaine...

Maintenant, le dire n'est plus vraiment un problème ; cela vient tout seul et si l'on commence par dire « mon ami » profitant lâchement du « e » muet, on finit par reprendre l'interlocuteur égaré qui nous donne du « ta copine » par un bien senti « mon copain ». Mais peut-être suis-je dans une situation privilégiée ? Les milieux universitaires et éducatifs sont globalement assez progressistes, et j'ai la chance d'avoir une belle-famille adorable et très tolérante. Je souhaite à tous ce bonheur, et j'espère que la récente visibilité de gays acceptés par leurs parents est le reflet fidèle d'un mouvement de réconciliation entre l'homosexualité et la famille.

Lancez-vous ! Vous serez certainement surpris du résultat. Au moins, soulagés.