Plusieurs médias rapportent cette information inquiétante : une quinzaine de jeunes "Emos" ont été retrouvés assassinés dans les rues de Bagdad au cours du mois écoulé. Les ONG montent au créneau.

Il ne fait en général pas bon être homosexuel dans les pays du Golfe Persique. Et même si les bouleversements multiples depuis ces dix dernières années, de la guerre en Afghanistan au Printemps Arabe en passant par l'intervention militaire de l'OTAN en Irak, ont pu susciter chez certains un espoir de démocratie et de libertés, force est de constater qu'effectivement, Rome ne s'est pas faite en un jour.

 

En Irak donc, alors que les troupes de la coalition se retirent chaque jour un peu plus et que le pays débarrassé de Sadam Hussein s'apprête à se voir confier les rênes de sa propre conduite, nous apprenons que, l'intégrisme islamique aidant, de jeunes homosexuels seraient devenus une proie évidente et facile pour des fous de Dieu en quête de rédemption de leurs âmes pour laver la souillure provoquée par « l'humiliation » infligée par l'occupant américain à leur bien-aimée patrie.

 

La presse nous apprend ainsi que 15 jeunes « Emos » ont été assassinés suite à la publication de tracts et d'affiches à Bagdad appelant les jeunes à se couper les cheveux et à abandonner leurs looks d'homosexuels adorateurs du diable. D'où provient cette propagande extrémiste ? De l'Etat. Le DailyMail affirme que le Ministère de l'Intérieur irakien a donné pour mission à sa Police de la Morale d'éliminer le phénomène Emo, qualifié de culte du Diable, en raison du danger qu'il représente par sa nuisance pour la société. Rien que ça.

 

Des Associations internationales sont montées au créneau, au nombre desquelles Amnesty International, Human Rights Watch et l'International Gay and Lesbian Human Rights Commission, pour dénoncer cette chasse à l'homme et le climat de terreur qu'elle inspire à une frange de la population irakienne, appeler le gouvernement irakien à y mettre un terme et lui demander de s'en justifier. Pour sa part le gouvernement assure que les meurtres enregistrés ont été causés pour des motifs « sociaux, criminels ou politiques », rien à voir avec une quelconque stigmatisation.

 

Précisons toutefois que bien que par chez nous le terme « Emo » ne rime pas nécessairement avec homosexualité, pour un Irak en proie à des extrémistes islamiques ces termes sont à ranger dans le même sac avec tous les apports culturels de l'occident, comme la musique rock par exemple ou les blousons de cuir. Une bien triste affaire qui nous rappelle que le Printemps Arabe a cédé sa place à un Hiver Islamiste, une mise en garde donc pour une jeunesse aspirant à l'émancipation et se retrouvant entre les griffes du pouvoir de partis islamistes intégristes. Souhaitons meilleure chance à nos amis tunisiens, égyptiens et libyens, puissent leurs révoltes démocratiques s'avérer plus émancipatrices et génératrices de libertés individuelles qu'une intervention de l'OTAN.