Prise au piège : interview d'Alexane, victime d'une perverse narcissique.

Date Mar. 27 Mai 2014 Affichages 3640 Commentaires 4

Le soir du 21 Décembre 2013 Alexane* 23 ans  est admise aux urgences suite à une tentative de suicide. Victime d'une perverse narcissique, prise au piège, elle revient sur son histoire : sa « descente aux enfers », avec un nouvel objectif : se reconstruire et accompagner ceux et celles qui comme elle ont souffert ou souffrent d'un(e) pervers(e). Reportage.

« Elle m'a courtisée avec des intentions, des mots, des fleurs »

L'histoire d'Alexane démarre le jour de sa rencontre sur le net avec une jeune fille: Amélie*; après un mois de discussions en ligne les deux jeunes filles décident de se rencontrer « en vrai». Alexane me récite ce moment dans les moindres détails :« j'étais vraiment stressée à l'idée de ne pas lui plaire, nous avions convenu d'un endroit vivant : le « café du matin ». De cette croisée de chemins naîtra une certaine alchimie entre les deux filles qui conviendront de se revoir.

Au fil du temps les deux filles multiplient les rendez vous et apprennent à se connaître. Alexane me raconte ce qui lui plaisait chez Amélie : « c'était une artiste itinérante, dans son monde, elle aimait la poésie et les belles choses ». Amélie semblait savoir parler aux femmes, ses discours charmants, ses belles paroles « envoutantes » auront raison d'Alexane qui m'avoue:« j'étais sous le charme ».

Elle me décrit le caractère de sa « belle », un caractère très fort : « fine séductrice elle savait me rassurer, me parler, me convaincre avec ses mots». Après 6 mois passés à se côtoyer les deux filles décident alors d'emménager ensemble, sous le même toit : «  nous réalisions notre rêve».

«  Prédatrice, elle me voulait pour elle  »

Pourtant très vite ce rêve vire au cauchemar, quelques mois après, leur relation devient houleuse. Avant d'emménager ensemble, les deux filles avaient convenuent de règles : « Nous avions décidées ensemble que nous préserverions notre indépendance, notre liberté , pour ne pas s'étouffer » pourtant Amélie ne semble pas se satisfaire aux règles.

Celle ci commence alors par reprocher à sa copine son manque d'implication, puis son absence, des reproches grandissants « sans queue ni tête ». Face à de tels événements Alexane encaisse : «  Je ne cessais de me remettre en question ». Amélie ira jusqu'à lui imposer ses désirs, ses propres règles lui interdisant ses sorties entre amis le vendredi soir, ses après-midi musée, ses soirées de travail, Amélie semblait avoir prit le contrôle de sa vie. Une multitude de privations auxquelles Alexane se pliera « par amour »  me dit elle : «  lorsqu'elle voulait quelque chose j'acquiesçais sans comprendre, j'avais peur de la perdre, je devais faire des concessions».

Dans la sphère confinée de son couple, Alexane finit très vite par s'effacer de toute vie extérieure. Elle est graciée par les tendresses d' Amélie qui se rachète par sa présence, par son amour. « Condamnée » entre deux mondes, prise en otage, le dialogue est rompu , Amélie retourne sa veste : «  tu prends tout mal, on ne peut rien te dire, tu dois faire ça pour notre couple, c'est tout ! ». La conversation coupe court : «  je lui trouvais des excuses, je finissais par m'en vouloir » .

« On m'a tendu la main, j'ai refusé de l'aide, j'étais aveugle  »


Un soir, après une énième dispute Amélie claque la porte du domicile accusant cette fois-ci Alexane d'infidélité : «  si je me casse c'est de ta faute ». Alexane est seule, regrette d'avoir répondu, et souffre. Ce soir là, le téléphone sonne à répétition, les parents et amis d'Alexane ayant appris la nouvelle s'inquiètent de son état, pourtant la jeune fille refuse leur aide, elle s'explique « pour moi j'étais l'unique coupable ». Face à la solitude, aux remords, la jeune fille à des idées noires. Ce soir là elle ingurgitera une quantité importante de médicaments avant de s'affaler sur le sol.

Qui vous a retrouvé ? « mes parents » : Sauvée de justesse par ses parents c'est à l'hôpital qu'elle terminera la nuit. Le lendemain matin Alexane sera admise au service de psychiatrie.
Il s'en suit alors des jours entiers d'examens, de traitements, d' anti dépresseurs. Alexane dans son récit me parle alors de l'atmosphère d'une structure dans laquelle « on ne pense jamais se retrouver », elle l'a décrit comme un lieu «  pas si monstrueux que cela » là ou des liens se nouent, là ou les combats se croisent, là ou les histoires se racontent sans honte.

«  J'ai eu besoin de ses soins, de cette ambiance pour m'ouvrir les yeux »

Je la questionne sur son ressenti : Comment peut on se sentir une fois « enfermé » ?  : « Je n'aurai jamais pensé finir un jour ici, j'ai eu beaucoup de mal à l'accepter, mais je n'étais pas folle , c'était une procédure normale ». Dans son combat Alexane n'est pas seule : « les blouses blanches » comme elle les nomment « eux ils sont cools » me dit elle, tenant à souligner :« là-bas on faisait attention à moi, je n' étais pas la folle que l'on juge » . Je l'interroge sur L'origine de son « déclic », ce à quoi elle me répond spontanément : « le déclic c'est à mon psychiatre que je le dois », c'est ce médecin qui lui a fait prendre conscience qu'elle n'était pas coupable mais victime, la victime d'une perverse «  flingueuse »  au jeu bien rodé, qui accuse l'autre de ce qui ne va pas dans sa vie, lui faisant du mal pour exister.

« Un jour j'ai ouvert les yeux, je me suis rendu compte que je m'étais oubliée, j'étais devenue esclave de ma relation ».

Avancer impose t-il d'oublier ? Vaillante, déterminée elle m'affirme ne rien vouloir oublier : «  c'est mon histoire, j'avance avec », tirant leçon de son expérience elle plaide «  mon rôle c'est aussi de protéger le monde de ses pervers ».

Comment pouvons nous faire pour se protéger ? En prenant du recul insiste t-elle : « nous voulons souvent aller trop vite, on s'oublie souvent pour l'autre dans l'espoir de combler un être qui nous semble être le bon, alors que non » Elle souligne qu'il est difficile de se rendre compte du pervers : « il est bien caché ». Alexane avoue avoir voulu aider son ex copine :« il faut leur montrer que l'on ne marche plus, que l'on a comprit leur jeu » ajoutant :« une fois à découvert, leurs plans tombent à l'eau ».

Soutenue par ses proches et amis , 3 mois plus tard, Alexane reprend goût à la vie. Quand je la questionne sur l'éventualité d'une future relation, elle esquive : «  je dois réapprendre à me connaître avant de connaître les autres ». Aujourd'hui Alexane partage son histoire en musique : « je compose des chansons pour parler de ce que j'ai vécu ».

Un témoignage qui pourrait nous inciter à prendre un peu de recul sur nos relations,rappelant cette citation de Blaise Pascal « le c½ur à sa raison que la raison ne connaît point ».

* par souci d'anonymat les prénoms ont été changés.



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Commentaires

CedricMB
 
Flippant !
Date Monday, October 13th 2014, 5:45 PM

Je ne vais plus oser rencontrer qui que ce soit ! Et encore moins emménager ! Dommage, moi qui pensait qu'un couple, c'est fait pour se révéler l'un à l'autre et réciproquement, tout en conservant sa propre ie personnelle et intime! Comme quoi, on se fait parfois des idées !


menindance
 
Réponse
Date Friday, July 18th 2014, 1:02 PM

Bonjour, non généralement lorsque je fais ce genre " d'enquête " c'est que je trouve ces personnes sur des forums, des pages facebook, et autre ... je leur propose mon concept et si elles sont ok alors on s'entretient ensemble et je rédige mon texte. Non ses chansons ne sont pas en ligne. D'autres articles sont à venir prochainement.


Tessa
 
Touchant.
Date Thursday, July 3rd 2014, 7:09 PM

C'est chanson sont publier sur Youtube?
Très très belle histoire et touchante. Sa nous fait prendre conscience de certaines choses. :)


Ghirlandajo
 
.
Date Sunday, June 29th 2014, 2:24 PM

C'est triste... C'est quelqu'un que tu connais ?
Je suis contente qu'elle essaye maintenant de tourner la page. J'aurai voulu savoir la réaction de sa copine.
Beaucoup de courage à elle !


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