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Asran47
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Date 26/08/2008 2:37 Alerter

C'était qu'un petit garçon. C'est un bel homme. Mais il est insensible.

Pourtant, il avait rien demandé, le pauvre petit mioche. Rien d'autre que d'avoir une vie tranquille, de nager plus ou moins dans des eaux intarissables de gaieté, de bonne humeur, celle qui rime avec bonheur. Il rêvait juste de se marier, d'avoir des enfants, et puis de mener une vie train-train comme la vie que menaient ses parents. Point. Lui, la nuit, il songeait à une belle maison pas trop loin de la ville, pas trop près non plus, avec un jardin. Modeste. Humble. Un cabanon dans lequel on aurait pu faire tenir une femme avec ses trois gosses. Parce qu'il voulait trois enfants, le petit garçon.

Un jour à l'école, il avait fait quelque chose de très mignon. Quel âge devait-il avoir ? Trois, quatre voire cinq ans tout au plus, je n'en sais trop rien ; c'était il y a tellement longtemps. Ce jour-là, il avait fini son travail d'écriture. Et comme il savait déjà lire – le bambin était précoce – il avait lu tous les romans photo de sa maman. De ces fictions à bulles, le gamin avait retenu une phrase clé, mot pour mot, lettre pour lettre. Alors à l'école, il avait déchiré une page de son joli cahier d'écriture et il l'avait recopiée. Quand il l'amena à son institutrice, elle sourit, elle rit et elle est étonnée. « Est-ce que tu veux m'épouser métresse ? » Le petit enfant savait pas encore beaucoup bien l'orthographe. Fallait pas lui en vouloir, personne lui avait encore jamais appris. Hormis cela, il savait lire et écrire, et c'était plutôt pas mal pour un garçon de son âge. Qui plus est, il formait bien ses lettres, même s'il se servait de sa main gauche pour écrire. Et la maîtresse d'école le regardait, toute surprise. Elle se pencha sur lui, lui prit la main, puis elle dit : « Mais je ne peux pas t'épouser, mon grand. Tu es beaucoup trop jeune. En plus, j'ai déjà un mari. » Zut ! La maîtresse, ben c'est qu'elle était parfaite ; elle savait lire, écrire, compter, conduire, faire à manger et aussi elle était très gentille. Ça l'embarrassait vraiment, au mioche. Pas qu'elle soit déjà prise, mais plutôt qu'elle veuille pas l'épouser. Mais bon, après tout, c'était comme ça dans Le Roi Lion ; quand Zazou parle des épousailles de Simba et Nala, ils veulent pas imaginer qu'ils vont tomber amoureux un jour et pourtant à la fin, ils ont un bébé. Ce serait sans doute pareil avec Mme L., il faut pas chercher midi à quatorze heures ; papa disait toujours que les femmes étaient trop compliquées pour être comprises des hommes.

Alors, l'enfant grandit un peu, en attendant que son institutrice voulût bien de lui. Mais trop vite, il quitta l'école primaire pour s'envoler vers le collège. Désormais, il était grand. Un vrai grand. Il avait plusieurs profs à sa disposition, il prenait l'autocar scolaire, il marchait dans une cour de récré cent fois plus grande que celle de l'école… Des choses incomparables à l'admiration ½dipienne d'un minaud pour la femme qui lui apprend l'alphabet.

La nuit quand il allait se coucher, le gamin ne pensait plus à sa vie future. Enfin, si, quelque part il y pensait – mince ! on peut pas effacer la phrase d'avant et puis les ratures, c'est moche. Le truc, c'est qu'il n'y pensait pas de la même manière. En réalité, il avait regardé à onze ans une vidéo pornographique avec des amis à lui. Là, quelque chose l'avait troublé ; pourquoi quand la traînée de service gâte le riche millionnaire, l'enfant envie-t-il la fille et pas le bourge ? De là ses rêves changèrent. Il fantasmait encore sur la maison, la femme ainsi que les gosses, mais un élément nouveau s'était introduit dans l'histoire. Il trompait son épouse. Avec un millionnaire magnat des affaires. Quelle honte… La première, celle de faire des choses pas catholiques du tout, avec un mec en plus – en même temps, rien qu'avec un mec c'est déjà pas catholique. La deuxième, celle qui apparut deux à trois ans plus tard ; le rêve d'une vie à deux avec une progéniture de trois beaux enfants bien élevés. Avec un autre homme. Quelle super-honte ! Et le pire dans tout ça, c'est que le jeune adolescent ne se sentait absolument pas coupable. « Faut soigner cela ! » se disait-il en son for intérieur. Comment ? En parler aux parents ; aucune chance, papa est sans doute sur le point de faire un enfant dans le dos de maman et même si ça pourrait apporter un petit frère, ça ferait sans doute ressurgir la grosse dispute sur le cocuage – comme s'ils se hurlaient pas assez dessus en ce moment. En parler… Aux copains ! Raté ; le dire aux autres de la bande, c'est comme dire devant tout le monde qu'on est un détraqué mental, ce qui revient à plus avoir d'ami. Et perdre sa popularité. La guigne…

De ce fait, notre enfant garda ses doutes en lui-même jusqu'à l'aube de ses quinze années. Il avait changé de fréquentations.

Ses nouveaux amis avaient une ouverture d'esprit peu commune aux gens de leur âge. C'était probablement ce qui faisait que notre garçon-qui-n'a-pas-de-nom (et qui n'en aura pas puisque c'est une histoire qui n'est pas réelle) se sentait pour la première fois depuis l'enfance aussi entouré, encadré. Juste avant l'entrée au lycée, ce qui pesait lourd sur son c½ur à la façon dont il pleuvait sur le pavé des rues perça violemment sa peau, puis sa langue. Les entrailles nouées, la mâchoire claquante, les doigts tremblants, il avait avoué sa faute, son péché. Tout premier abreuvage conséquent en alcool fort. Ses potes le prirent tour à tour dans leurs bras, ses amies lui baisèrent les joues. Sa meilleure amie lui glissa même à l'oreille un amusant : « T'en as mis du temps, ça fait un moment qu'on le sait plus ou moins, nous. » Un nouvel homo montra son visage un lundi matin au lycée.

Objectif premier de l'excursion : trouver un petit ami. Le problème se dressait ; où ? Y a-t-il autant d'homosexuels qu'on le raconte ? La réponse ne tardait pas… Dès le premier jour, l'éphèbe repère un élève de terminale. Une de ces nouvelles folles un peu gothiques qui écoutent LE crottin allemand par excellence, un groupe duquel les minettes soupirent « la chanteuse et beau » ou bien « le chanteur est belle. » La chance ne tourne pas tous les jours ; il faut écarter les possibilités de sortir avec ce bisexuel qui malgré ses goûts reste très charmant, car il n'assume pas son côté obscur de la sexualité en public. Pour mon personnage, c'est bien sa veine ; il souffre en douce alors qu'en attendant sa peine, sa bouche est blanche.

Quand on a quinze ans et qu'on cherche l'amour pour ne pas finir son année en solitaire, que fait-on ? Réponse atypique : on part manger tous les dimanches chez la grand-mère ! « Tu veux bien aller jusqu'à la supérette me chercher du pain, s'il te plaît ? » qu'elle demande une fois, la vielle. Le voilà parti à la quête du pain sacré… Avec un portail de chez mémé qui force pour se refermer. Dans des cas pareils, il n'y a qu'une seule et unique solution. On tire sur la poignée. Du plus fort qu'on peut. Et puis on lâche parce qu'on a glissé. On ne sait pas trop ce qui vient de se passer, on est tombé sur la tête. Cependant, on a tout de même la certitude d'avoir atteint le paradis, étant donné qu'une face d'ange se tient au-dessus de lui. Et que l'ange l'aide à se relever. L'ange s'appelle Clément. L'ange aussi se dandine un peu. Très prometteur, tout cela…

Le trajet jusqu'à la supérette dura environ une heure – pour marcher en tout et pour tout cinquante mètres, c'est franchement pas glorieux pour un champion olympique. Clément l'intéressa beaucoup. Gay. Célibataire. Un an plus âgé. Artiste. Embauché ! On paie en baisers passionnés. En deux semaines, les amants se fondirent l'un dans l'autre. Ce ne fut que deux semaines après la reprise des cours qu'ils osèrent prononcer ce qu'ils avaient longtemps gardé pour eux. Le Mnémosyne de la relation amoureuse. Puis, une fois l'euphorie passée, quatre mois furent rayés de cicatrices taillées au compas. Clément retournait coucher avec un de ses anciens amours.

Mal en point, malade, nauséeux, notre jeune homme se lança à la recherche d'une âme masculine assez charitable pour panser ses blessures. Il trouva. Un Pierre qui lui coula et le nectar adonique, et une incertitude en béton. Bien que la relation fût écourtée, Pierre avait enseigné quelque chose à l'apollon, une idée qu'il allait faire vérité ; le mensonge est ce que l'être humain cultive avec le plus d'acharnement. Ne suis-je pas moi-même en train de vous mentir ?

Puis plus rien. Le c½ur meurtri, l'âme déchirée, les espoirs morts, le jeunot passa le cap des seize étés. En octobre, il se fit une amitié qu'il se mit vite à apprécier au-delà de l'affection usuelle que l'on porte aux amis. Un soir, ils s'enivrèrent seuls. Ils festoyèrent et trinquèrent à leur acolyte alcoolique lorsque Guillaume murmura : « J'ai très envie de toi, tu sais ? » Et même s'ils s'embrasaient fougueusement sur le quai de la gare au soleil levé, les espérances d'un soir s'envolaient quelques jours plus tard. Dommage.

Sur cette expérience, l'enfant éprouvé retrouva sa petite vie rythmée par les cours, les soirées, les virées, ainsi que le désintéressement complet de ses géniteurs – il n'avait pas choisi de naître : innamoramento malgré tout. Il enchaînait les conquêtes hebdomadaires, déchaînait les ardeurs des uns, des autres… Plus rapidement qu'on ne l'eût pu croire, il rencontra au moins tous les homosexuels de sa ville. Une vraie plaie. Leurs seuls centres d'intérêt étaient de mettre en avant leur beauté inexistante. Sous prétexte qu'ils avaient la plastique pour plaire aux beaux esprits, leur ridicule ainsi que leur médiocrité grandissaient d'heure en heure au travers de leurs appareils photo numériques professionnels achetés en discount sur internet, sans oublier les versions outrancièrement photoshopées de leurs clichés rancis, pour ne pas afficher le bouton d'acné ou la bavure du liner qui donne un look so emo, so cool. Gool !

Alors que tant de coquilles vides d'esprit s'abattaient sur son quotidien comme la pluie frappe les pavés d'une rue délabrée, une aversion infinie pour les histoires de c½ur s'éveillait pour le jeune homme. Une année s'écoula lentement, difficilement.

Apparu celui dont le prénom se partageait avec un fameux conquérant. Et comme la tradition se perpétue, il fit du jeune homme une énième conquête. Territoire qui ne fut occupé seulement pour deux semaines. Ce avant que l'éphèbe se liât d'alchimie pour une connaissance, l'espace d'une nuit encore. Au final, pour deux nuits espacées de plus ou moins cinquante-cinq jours. Benjamin n'assumait pas ses inclinations. Tant pis, il continuera à pécher en ostréiculteur dorénavant.
La route vers Dieu sait où ; elle s'offrait au personnage principal de ce récit fictif. Elle l'accueillait. Que faire ? Marcher ? Marchons. Où aller ? Gauche ? Droite ? Peu importe, les deux routes mènent au même point, n'est-il pas ? Ainsi, avançons puisqu'on ne peut reculer.

C'est donc sur un chemin désert qu'il fit la connaissance d'un homme à peine plus âgé que lui, de deux années. Le premier depuis longtemps pour qui l'habit n'était cure. Les arts, la tendresse et les caractères posés le nouveau venu appréciait. Un homme plus que parfait à conjuguer au futur antérieur, bien que trop peu composé pour qu'on eût le cran de forcer son aura et le charmer passionnément.

C'était un petit garçon plein de rêves. Il fut jouvenceau désabusé. Mais alors qu'il quittait les sentiers trop sinueux de l'Amour, cet Art que nul ne peut réellement se vanter de connaître, il a été rappelé à la bonté de la vie. Apathique de jadis, il jouit désormais.

Dans ses mensonges il se complaisait, ceux des autres lui ont apporté... C'est une histoire mensongère de mensonges que je vous venez de lire.





P.-S. : Veuillez excuser les quelques fautes de grammaire et orthographe qu'il peut y avoir, ainsi que les erreur syntaxiques non stylistiques ; je n'ai pas encore relu, le texte ayant été achevé à l'instant.

Message édité par : Asran47

       

En ligne linkdu66
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Date 26/08/2008 2:52 Alerter

Le poid de tout lire rien qu'en voyant la longueur ça me désespère xD

       

Soho
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Date 26/08/2008 3:55 Alerter

Je viens de finir de lire, et je trouve que c'est super bien écrit! Bon il y a bien une ou deux ptites fautes (de la concordance principalement) mais c'est très agréable à parcourir, en tout cas j'ai pris plaisir à lire ce "jet"!
Ah et sinon, quand tu parlais d'ostréiculture, tu voulais pas dire mytiliculture, par hasard? Enfin j'avais cru comprendre qu'il pêcherait les moules et pas les huîtres, mais si ça se trouve je dis n'importe quoi

       

Asran47
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Date 27/08/2008 2:05 Alerter

Non, non, "ostréiculteur" est bien employé ici. C'est volontaire. Il péchera en pêcheur d'huîtres et non de moules...

Quant aux fautes de concordance, veux-tu dire accords ou bien concordance de temps ?

(Certaines fautes ont été glissées volontairement )

Message édité par : Asran47

       


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