Train_Thalys_728x90

Prévention féminine, parlons-en !

Depuis quelques années la prévention contre les infections sexuellement transmissibles (IST) a principalement ciblé la population homosexuelle masculine, en grande partie à cause de la prévalence de l'infection par le VIH dans celle-ci. Par la suite, les techniques de prévention et campagnes d'information ont été élargies aux couples hétérosexuels. Qu'en est-il de la communauté lesbienne ? Les risques d'IST sont-ils inexistants ? Un suivi gynécologique régulier est-il nécessaire ?

Sujet trop peu abordé, souvent mis de côté, parfois totalement méconnu, la communauté lesbienne n’est pas exempte de risques d’infections sexuellement transmissibles et les méthodes permettant de les prévenir existent. Parmi celles-ci, on note les infections virales (VIH bien évidemment, mais aussi herpès, hépatites, condylomes liés au HPV et, par extension, le cancer du col de l’utérus lié en grande partie à ce virus), les infections bactériennes (vaginoses bactériennes++, gonocoque, chlamydiae) et parasitaires (mycose : les candidoses).

 

I. Les infections virales

 

Herpès : L’herpès génital concernerait 2 millions de personnes en France. Cette infection est liée à l’Herpes Simplex Virus (HSV) dont les deux principales variantes sont l’HSV1 (« l’herpès au-dessus de la ceinture », typiquement : le bouton de fièvre sous sa forme récurrente) et l’HSV2 (« l’herpès en dessous de la ceinture », responsable des herpès génitaux), cette classification étant purement théorique étant donné qu’il n’est pas rare de retrouver l’HSV1 en bas, et l’HSV2 en haut... Le premier contact avec le virus se fait au cours d’un rapport sexuel, avec ou sans pénétration, ou lors d’un rapport buccal avec une personne ayant un bouton de fièvre. L’infection peut être asymptomatique, ou au contraire présenter un tableau clinique évocateur appelé « primo-infection herpétique » : rougeurs au niveau de la vulve, démangeaisons, petites cloques « en bouquet » chargées de virus et pouvant se rompre en laissant place à de petites ulcérations très douloureuses, fièvre, fatigue générale, et ganglions sur le trajet de drainage de la zone infectée. Cette phase peut être traitée afin de limiter la durée de la primo-infection et limiter le nombre de récurrences/récidives. Le virus devient ensuite quiescent/endormi et se niche dans un ganglion nerveux, jusqu’à ce qu’il se réveille (ou non) et donne le même type de symptômes, bien que moins bruyants (sans fièvre, ni fatigue, ni ganglion) : typiquement, le bouton de fièvre se réveillant lors des périodes de stress, d’examens, de fatigue intense, lors des règles ou de l’exposition au soleil, infection chronique et non traitable hors forme sévère. Le diagnostic se fait par prélèvement local ou prise de sang.

Comment prévenir l’infection ?  Connaître sa partenaire, le sujet n’est pas tabou. Pour les rapports buccaux, il est possible d’utiliser une digue dentaire

Comment éviter les récidives ? En connaissant les facteurs déclenchant : le stress, l’émotion, les règles, l’exposition au soleil, certains médicaments, la prise d’alcool… Et connaitre les symptômes évocateurs afin de consulter son médecin.

Comment éviter les complications ? Il ne faut pas se toucher les yeux (conjonctivites herpétiques, kératites herpétiques…), bien se laver les mains, éviter le partage de serviettes de toilettes, ne pas gratter les lésions, ne pas les panser.

 

Papilloma Virus, HPV : On en entend beaucoup parler : c’est LE virus responsable en grande partie des cancers du col de l’utérus. Les Papilloma Virus font partie de la famille des herpès. Ce sont des virus communs, pouvant affecter la peau ou les muqueuses et être bénins dans une grande majorité des cas, en ne donnant aucun symptôme ou alors donnant de petites verrues sans gravité (au niveau des mains, de la voûte plantaire…) et disparaitre spontanément dans l’année qui suit la contamination. Cependant, dans certains cas, le virus peut être à l’origine de lésions précancéreuses au niveau du col utérin, appelées dysplasies, pouvant elles-mêmes dégénérer en cancer du col de l’utérus.

Quels sont les symptômes ? L’infection est souvent asympatomatique, la femme ne se plaint de rien et il n’y a aucune lésion. Dans d’autres cas, les lésions sont là, notamment la présence de Condylomes (petites verrues génitales) pouvant toucher le vagin, la vulve, l’anus, la région péri-génitale, et rarement les voies ORL (bouche et gorge).

Peut-on en guérir ? Dans la grande majorité des cas le virus disparait spontanément dans les deux années suivant la contamination. On estime qu’une femme sur deux a été exposée au virus au cours de sa vie, c’est donc une infection extrêmement fréquente, le plus souvent banale, mais pouvant dans certains cas être responsable de cancers.

Comment la prévenir ? Vous en avez probablement entendu parler : la vaccination. Depuis quelques années, la vaccination anti-HPV est proposée, elle est recommandée pour toutes les jeunes filles âgées de 11 à 14 ans selon un schéma à trois doses et en rattrapage chez les jeunes filles de 15 à 19 ans. L’autre élément de prévention n’est pas celui anti-HPV, mais le dépistage précoce des lésions pré-cancéreuses et cancers du col par le Frottis cervico-vaginal, recommandé dès l’âge de 25 ans et ce jusqu’à l’âge de 65 ans. Un suivi gynécologique est donc important, quelque soit l’orientation sexuelle.

Comment éviter de le transmettre ? Par la prévention des partenaires (vaccinations…), par l’utilisation de préservatifs notamment lors de partages d’objets sexuels, par l'utilisation de digues dentaires, et par un suivi gynécologique régulier.

 

 

II. Mycoses

 

Les plus fréquentes sont les candidoses vaginales, causées par des levures appelées Candida albicans. Ce sont des germes saprophytes, souvent présents sans provoquer de symptômes, mais pouvant devenir symptomatiques dans certaines circonstances (une mauvaise hygiène ou au contraire une hygiène excessive avec des douches vaginales répétées, l’utilisation de certains savons acides, la prise d’antibiotiques responsable de la dégradation de la flore vaginale, certains traitements immunosuppresseurs (corticoïdes…)).  Elle se manifeste par une vulvo-vaginite : inflammation de la vulve et du vagin, avec des démangeaisons dérangeantes et des écoulements blanchâtres inodores appelés leucorrhées.

Comment les prévenir ? On sait que les mycoses, et champignons en général, prolifèrent dans les zones humides. Une bonne hygiène est donc indispensable, sans pour autant qu’elle soit démesurée. Un séchage soigneux des muqueuses génitales après la toilette est indispensable et éviter les situations propices aux « macérations » l’est tout autant. En d’autres termes, éviter tous les facteurs favorisants cités ci-dessus.

Quel traitement ? En plus du traitement de la cause (= des facteurs favorisants), un traitement anti-fongique sera prescrit par votre médecin.

Les mycoses, des IST ? C’est une question fréquente : une jeune fille vierge peut très bien développer des mycoses. Cependant, l’acte sexuel en lui-même est propice au développement de ces infections, notamment à cause d’irritations provoquées lors du rapport et à la dégradation de la flore vaginale liée à ces micro-traumatismes (un moyen de s’en prévenir est l’utilisation de lubrifiants).

 

III. Infections bactériennes

 

Les vaginoses bacteriennes :

Elles sont peu connues, et pourtant une récente estimation a fait état d’un risque accru de ces infections chez les lesbiennes : entre 25 et 50% . Une vaginose bactérienne est la prolifération de bactéries présentes de manière « normale » dans le vagin (constituant la flore vaginale) mais qui, dans certaines situations, prolifèrent de manière excessive. Les symptômes sont peu spécifiques : pertes vaginales malodorantes, irritations, démangeaisons.

Quelles en sont les causes ? Comme dans les mycoses : l’insuffisance d’hygiène ou l’excès d’hygiène (douches répétées, produits d’hygiène intime, bains moussants, certains antibiotiques ou autre traitements…). Les rapports sexuels, source de micro-lésions, sont également des facteurs de risque de dérèglement de la flore vaginale. Par ailleurs, une étude récente a montré que les relations homosexuelles féminines étaient plus à risque que les relations hétérosexuelles, mais la cause en est inconnue. Certaines infections bactériennes de germes ne faisant pas partie de la flore vaginale (gonocoque, chlamydiae) se transmettent sexuellement, notamment lors de partage d’objets sexuels.

Comment les prévenir ? En évitant les facteurs de risque sus-cités.

 

IV. Conclusion

 

Finalement, la prévention des IST dans la population lesbienne est la même que dans la population hétérosexuelle : les mycoses et infections virales peuvent toucher tout le monde, et les pratiques homosexuelles féminines ne sont pas plus à risque que d’autres. La prévalence de certaines infections est moins présente lors de rapports lesbiens, mais elle n’en est pas pour autant nulle.  Très peu d’IST sont plus spécifiques des pratiques lesbiennes que des autres, si ce n’est l’hypothèse récente des vaginoses bactériennes  qui pourraient être une infection sexuellement transmissible entre femmes.
Des moyens de prévention existent, notamment l'utilisation de préservatifs et de lubrifiants lors du partage d'objets sexuels, ou encore l'utilisation de digue dentaire pour les rapports buccaux (cunnilingus...). Enfin, l'hygiène personnelle est un élément important, car même si certaines infections sexuelles ne sont pas liées au partage de germes, l'acte en lui même favorise la survenue de celle-ci chez les personnes qui présentent des facteurs favorisant.

A noter : toutes les IST n'ont évidemment pas été traitées, nous avons préféré traiter des infections fréquentes et peu connues. L'infection par le VIH concerne tout le monde, quelque soit l'orientation sexuelle, idem pour d'autres IST telles que les hépatites.

 

Pour en savoir plus :

http://www.sante.gouv.fr/questions-reponses-vaccin-anti-papillomavirus-humain-gardasil-r.html

http://www.sante.gouv.fr/papillomavirus-humains-hpv-et-cancer-du-col-de-l-uterus-prevention-depistage-et-vaccination.html

http://sti.bmj.com/content/80/3/244.full

http://www.sante.gouv.fr/IMG/pdf/Rapport_Morlat_2013_Mise_en_ligne.pdf

http://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/herpes_court.pdf

 

 

Tags
Partager cet article

Répondre à Prévention féminine, parlons-en ! - commentaires sur le forum
LizzyCerise
 
Date 24/08/2014 12:51

Très belle article !! J'embête souvent Marc Dorcel (Brest) pcq ils n'ont pas de préservatif féminin, ça me motive encore plus !!!


xLaura44
 
Date 23/06/2014 21:11

Cette article est super et très complet! Il nous apprends des choses qu'on ignorais totalement, il réponds a beaucoup de questions et à beaucoup de craintes.


allomat69
 
Date 06/06/2014 8:30

Parfait ! à lire même par les mecs, il y a des enseignements à tirer, notamment concernant l'herpes et les mycoses. L'article rappelle à juste titre que le VIH est transmissible entre femmes, des...


Ulysse
 
Date 06/06/2014 0:02

Il y avait déjà eu quelques articles là-dessus, mais celui-là est clairement bien fait ! =)


Zag-Prev
 
Date 05/06/2014 19:28

Actu : Prévention féminine, parlons-en ! Depuis quelques années la prévention contre les infections sexuellement transmissibles (IST) a principalement ciblé la population homosexuelle masculine, en...


Répondre à Prévention féminine, parlons-en ! - commentaires

Qui est le rédacteur?

Zag-Prev Homme 26 ans
FR, Paris
Message privé
Ses articles
Offrir Premium
Profil de Zag-Prev
Voir ses photos

Voter pour cet article

Sujets proches

{news.titre}

{news.description}