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Jack-Alain Léger s'est suicidé, confidence sur la sexualité d'un érivain

Jack-Alain Léger est mort et je crois qu'il est triste que personne (ou presque) n'en parle ici. L'écrivain, homme avant d'être homo s'est défenestré le 17 juillet à Paris. Il s'agira moins ici de parler de sa vie - et certainement pas de sa mort - mais plutôt d'entendre son point de vue sur sa sexualité et d'écouter les paroles d'un homme libre.

Il s'agit moins ici de discourir sur la grandeur de Jack-Alain Léger, l’apologie est facile et d’autres médias se sont occupés de la produire. Moins que de grandeur, il s’agira plutôt de parler du rapport qu’il entretenait à sa sexualité, de son rapport à la littérature aussi, finalement, avant tout... Et pour mieux traiter du sujet il ne sera fait qu’une courte présentation de sa vie, trop brève pour ceux qui ne le connaîtraient pas et trop longue pour ces autres-là qui souriraient en lisant son nom.

 

Jack-Alain Léger naît fils de critique en 1947, il refusera toute sa vie d'associer à ses pratiques artistiques le nom de son père et commença d'abord par un prix Charles-Cros lorsque de la publication d'un premier album de musique. À vingt ans il signe son premier roman, Being, plus tard il écrira le plus célèbre Autoportrait au Loup. C'est finalement plutôt dans le sillage de son Autoportrait au Loup que nous nous glisserons, avec cette sorte d'unique sourire brave qui n'échoit qu'aux transits.

 

Il meurt en se défenestrant, sans crier gare, sans n'avoir jamais rien dit d'autre que - comme beaucoup - ce qui le condamna. Il a souvent cherché - plus ou moins volontairement et avec plus ou moins de talent - la provocation taclant violemment l'islam mais aussi la communauté "gay" et le monde universitaire français. Jack-Alain Léger portait sur lui toute la tristesse d'une de ces franges de la population, celles de ces hommes trop tristes et parfois trop bons dans la violence, l'insulte ou la provocation (et l'actualité encouragera, finalement, à l'associer à Gérald Thomassin, Bertrand Cantat voire même à Marc-Édouard Nabe). Car oui, ce qui fit la grandeur de Léger, sans doute, celle que tous nous lui reconnaitrons, sans parti pris sur ses œuvres, c'est son génie du scandale. À l'image d'un Nabe justement, se saisissant d'une image pour la flageller, ou d'un Cantat, peut-être plus brillant encore grâce à ses addictions et à ses démons que sans rien, jamais.

 

De sa sexualité, Léger en parle dans son Autoportrait au Loup, récitant une sorte de leçon de morale de droit et de saveur, accusant et acquittant à la fois, dans le même feu et sur le même fer, l'ennemi et le pédé, l'homophobe et le militant. Lorsqu'il parlait de sa sexualité, il parlait de son "droit à la différence", de son droit à "vivre avec [ses] contradictions, dans les contradictions", pour mieux frapper tambour battant sur celui qui oserait croire qu'il a le droit de l'empêcher d'aimer, mais aussi pour se défendre devant celui qu'il nomme "le militant" et qui dirait de lui, j'emprunte ses mots (peut-être essentiellement parce qu'ils me font rire) que c'en est "Une, qui s'assume mal !". Léger ne voulait pas s'assimiler à un "peuple" (ici, il parlait de celui de Sodome, pour continuer à utiliser ses mots à lui) pour ne pas y laisser choir son identité propre, caractérisant sa sexualité de vie privée et accusant le militantisme d'y porter atteinte, il souhaitait par-dessus tout vivre libre. Car finalement, c'est ce que je crois juste de pouvoir conclure de sa pensée, un appel forcené à la liberté, parce que rien pour Léger ne semblait avoir plus d'importance que de mener sa vie avec le flux et le reflux (je crois que "vrombissement" serait un mot qui rendrait hommage à sa Chrysler Rose [in Obsolète, son deuxième album]) de la vie elle-même sans devoir compter sur ce milliers d'êtres qui cherchaient à l'exhiber comme il ne voulait pas se montrer. "Homme d'abord et par ailleurs homo. Non pas homo tout court" écrivait-il, comme s'il déchirait ce voile inique et invisible séparant d'un seul trait la liberté et l'offense - la nature et la culture pour parodier Claude Lévi-Strauss.

 

Pour Jack-Alain Léger, il s'agissait d'être tout en même temps le "Même et l'Autre" et vivre secrètement entre la solitude et la solidarité. L'endroit où il plaçait son ombre c'était dans son "demi" masque (celui qu'il nommait [épargnez tous vos airs circonspects], son "droit au loup") disant que la "dignité du pédé" devait, peut-être, devoir se trouver "dans sa honte et sa fierté", loin d'une image d'Épinal trop sévère et trop abrupte, plus loin encore d'une communauté et d'un "peuple" - pour finalement, disons, être plus proche d'une union, "solitaire et solidaire" pour répéter ses mots. Seul et avec tous, comme un refrain entêtant et nerveux que l'on imagine s'accompagner de crises psychotiques et de délires hallucinatoires.

 

Il ne fait pas de doute que comme pour beaucoup d'entre vous l'énoncé fut violent, pernicieux et probablement - pour beaucoup - scandaleux, mais pour éviter toute disgrâce (même si l’affaire médiatique qui suivit ne lui rendit pas raison) Léger n'oublia pas de prononcer ces mots, écrit comme un sanglot que l'on déverse, avec ce qui semble être les mêmes forces que celle de ce Gérard Filoche pleurant (ou feignant de pleurer ?) l'ignominie de Cahuzac :

"Il va de soi par ailleurs, mais autant parer d'avance à une inutile polémique avec des militants de mauvaise foi, il va de soi que je m'oppose à la répression ouverte comme à l'oppression insidieuse qui frappent l'homosexualité, il va de soi que je m'élève contre toute espèce d'intolérance envers les déviants, il va de soi que je fais même mien le slogan :

« Out of the closets ! Down in the streets ! »

Que j'aie pris le risque de publier ce livre-ci en témoigne assez."

 

 Peut-être devra-t-on ne plus sentir Léger dans l'avenir, peut-être devra-t-on le haïr, mais au moins (et ce sort devrait être réservé à tous ces autres frappés, ces autres fauchés) : oublions nos rancœurs et lisons-le quand même, parce qu'il n'est pas d'opinion indigne, parce qu'il n'est presque pas d'opposition intellectuelle qui soit assez malsaine pour que l'on se permette de s'en détacher sans même la connaître. Écrire, palabrer finalement devant quelques oblats vendus à la cause de la littérature, écrire était, pour lui, une "question de vie ou de mort" et la liberté , devait être sa chandelle. C'est en racontant une frange de sa pensée plutôt que sa vie-même et en lui rendant sa liberté que l’hommage à Jack-Alain Léger devait se faire, ne serai-ce que pour que tous soient au courant de sa pensée. On ne connait jamais aussi bien ses amis ou ses ennemis qu’en sachant ce qu’ils ont dit, la liberté en héraut. Jack-Alain Léger, un homme libre qui malgré toutes les critiques est mort en restant libre.

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Dippendal
 
Date 05/08/2013 16:12

Je ne connaissais rien de cet auteur (les scandales de l'homme m'intéressent moins), et la présentation fouillée que tu en as faite m'a donné l'envie de lire Autoportrait au loup !


Scriabine
 
Date 01/08/2013 22:43

Je ne connaissais pas ce personnage. Merci pour cette présentation qui ne dissimule ni ses grandeurs ni ses faiblesses. Je lirais bien un de ses écrits pour me rendre compte de son talent littéraire...


allomat69
 
Date 31/07/2013 11:50

Il était aussi intolérant que l'intolérance qu'il dénonçait, plus que la moyenne en tout cas. Mais je ne le connais pas assez pour le juger.


Magnet
 
Date 31/07/2013 11:30

C'était plutôt lourd à porter pour Monsieur Léger.


Papperlapapp
 
Date 30/07/2013 19:33

Actu : Jack-Alain Léger s'est suicidé, confidence sur la sexualité d'un écrivain Jack-Alain Léger est mort et je crois qu'il est triste que personne (ou presque) n'en parle ici. L'écrivain, homme...


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