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La sphère dominante et l'homosexualité comme...

  Cinéma

La filmographie de Gus Van Sant constitue une œuvre polymorphe, tant dans sa forme que dans les sujets traités. Cependant, certains thèmes récurrents...

 

La sphère dominante et l'homosexualité comme marginalité dans l'oeuvre de Gus Van Sant.

La filmographie de Gus Van Sant constitue une œuvre polymorphe, tant dans sa forme que dans les sujets traités. Cependant, certains thèmes récurrents semblent former une sorte de fil rouge qui, en faisant dialoguer les personnages d'un film à l'autre, apportent une véritable cohérence à l'hétérogène ensemble de sa production. La construction de soi et l'errance mentale propre à la jeunesse s'accompagnent chez Van Sant d'un rapport trouble à l'identité sexuelle. Ses personnages oscillent souvent entre fragilité et virilité, entre retenue et exacerbation des désirs. L'amitié est un thème particulièrement fort, et celle-ci bascule souvent dans l'étreinte. Homosexuel lui-même, Gus Van Sant frôle le thème sans l'imposer, dans une subtilité hors des clichés. Un militantisme de la délicatesse, une poésie qui montre et non un pamphlet qui accuse ou revendique. Les personnages de Gus Van Sant vivent sans rédiger de thèses, en s'excusant parfois et, plus rarement en se dressant comme des remparts à une haine plus générale.

1) Le trouble des amitiés viriles.

Le cinéma de Gus Van Sant met souvent sur le devant de la scène des couples, au sens romantique du terme, ou à matière de duo, de la manière la plus large possible. Dans le cycle indépendant, Mala Noche et My own private Idaho appellent presque naturellement une analyse traitant de la sexualité des personnages. Walt Curtis est un homosexuel discret mais clairement défini comme tel : "je me sais homo mais je conspue l'homosexualité. » Une sexualité évidente mais non limpide. Qui se sait, s'apprivoise sans pour autant se comprendre. Mais si le lien entre Curtis et Johnny reste le point central de l'intrigue du premier long métrage de Gus Van Sant, c'est bien le couple Johnny/Roberto qui est présenté au spectateur comme une évidence. Mêmes origines, même milieu social et soudain, d'une manière plus physique, plus sensuelle s'impose la ressemblance des corps. Deux corps jeunes, foncés dans le noir et blanc de la caméra, fragiles et désirables. C'est cette différence et cette vulnérabilité qui fascine Walt Curtis qui s'attache au contraste entre ces corps apparemment invulnérables et la désarmante difficulté de vivre à laquelle se résume la vie des deux jeunes hommes. L'amour est ressemblance mais il se révèle dans le contraste.

Ce contraste se retrouve également dans le couple que forment à l'écran Mike Waters (River Phoenix) et Scott Favor (Keanu Reeves). C'est encore leurs ressemblances qui les associent. Ils sont jeunes, et mènent une vie commune de tapins, de larcins et de joyeux squats. Mais la distance se crée dès la révélation de la véritable identité de Scott. Personnage Shakespearien -inspiré de son Henri V- Scott est l'ami hétérosexuel dont Mike est amoureux. Figure protectrice, il n'en est pas moins un fils de notable, appelé à prendre la suite d'un héritage qu'il a d'abord repoussé par la provocation. Alors que la souffrance de Mike lui est imposée par un milieu social défavorisé et une enfance traumatisante, Scott a choisi lui-même le chemin de la rue. C'est cette même distance entre des situations similaires mais aux origines opposées qui attache ce même Scott à Bob, Falstaff de pacotille, sorte de prince de la cour des miracles. L'ambiguïté est doublement présente dans leur relation. Filiale, Bob incarnant une figure paternelle pour le jeune homme fuyant ses origines, mais aussi amoureuse, avec le sentiment trouble que l'on sent percer chez le vieux déclassé. De même que la fausseté du lien entre Mike (un jeune homme gay et véritablement démuni, fragilisé par son passé et sa narcolepsie) et Scott (un fils de bonne famille échappant à une jeunesse dorée par rébellion) est à l'origine de leur séparation amicale, cette même iniquité des rapports anticipe la scène finale du film où Scott rejette son vieil ami Bob. La scène est désarmante et entraîne la mort du vieil homme. Parallèlement, Mike ayant déjà subi l'abandon, semble faire face au comportement de son ancien ami avec une déception moins violente. Scott apparaît donc dans My Own Private Idaho comme une figure ambivalente, tour à tour protecteur de Mike, ami insouciant, à l'origine d'un nouvel abandon pour son ami et tortionnaire de son propre protecteur, Bob. Le personnage se dresse comme tout puissant face à deux homosexuels en manque de repères familiaux, sociaux, affectifs.

La scène de douche entre Eric et Alex dans Elephant est plus problématique puisqu'on hésite à la qualifier de rite précédant la réalisation de leur projet -la fusillade- ou de véritable comportement homosexuel. Les deux adolescents, des souffre-douleurs dans leur lycée, trouvent dans ce rapprochement, à la fois un rempart contre la tension psychologique imposée par leurs camarades et contre l'horreur de leur décision, pourtant conçue froidement.

2) La marginalité dans sa dimension la plus intime : l'inversion des standards.

L'homosexuel chez Gus Van Sant n'est qu'une déclinaison supplémentaire du marginal. Ses personnages homosexuels -ou adoptant des comportements homosexuels- ne sont pas hétéronormés, mais ils ne sont pas non plus intégrés à un mode de représentation traditionnel des clichés qui révélerait des identités sexuelles. Leur sexualité n'est pas une cause de leur mise à l'écart de la société. Elle est un phénomène parallèle, contingent et indépendant de celle-ci.

De fait, bien qu'isolé en tant qu'individu "hors du commun" -au sens propre de l'expression-, le personnage homosexuel chez Van Sant, évolue au sein de micro-sociétés organisées qui se développent en périphérie des communautés américaines traditionnelles. Ainsi, les prostitués masculins du Portland de My own private Idaho se rassemblent autour d'un chef symbolique, Bob, vivent dans un squat tenu par une vieille femme et se retrouvent dans des lieux de vie communs qui rythment leurs journées : un café où ils partagent leurs expériences, la rue où ils travaillent, le toit des immeubles où ils dorment parfois et surveillent la ville et enfin le salon de certains de leurs clients où ils goûtent occasionnellement à un peu de confort. A l'instar de cette organisation exclusivement masculine, le ranch de Even Cowgirls get the blues est dominé par une figure forte : Bonanza Jellybean et constitue un lieu de rassemblement d'identités lesbiennes, féministes et écologistes : c'est à dire, autant de qualificatifs alors largement minoritaires dans la société traditionnelle environnante. Dans ses conditions, le système de valeur est inversé et, alors que le père de Scott et Miss Adrian sont évalués comme des figures d'autorité légitime dans la société américaine majoritaire, ils s'opposent, au sein de ces nouvelles sociétés à Bonanza et Bob. C'est ainsi que le biopic consacré à la figure politique qu'est Harvey Milk s'insère naturellement dans la filmographie de Van Sant. Le Castro, berceau fameux des premières revendications LGBTQIF, se choisit un leader à son image : Harvey Milk. Le problème que pose le film est l'intrusion dans la sphère traditionnelle d'une figure à l'image d'une micro-société qui s'est construite en opposition et presque en négatif de cette dernière. Du point de vue des marginaux, on constate l'espoir d'un appel à la tolérance. Du point de vue extérieur, cette intrusion est perçue non comme un rapprochement mais comme une provocation. Le cinéma de Gus Van Sant constate la difficulté viscérale pour une société d'accepter ses minorités, au delà de la différence sexuelle prise en exemple. Ainsi, ce n'est pas la sexualité de Walt Curtis (Mala Noche) qui freine son rapprochement avec Johnny et Roberto mais son appartenance à une structure dominante, celle des WASP qui, par son ascendant sur l'identité des deux jeunes immigrés clandestins, annihile toute possibilité de rapport égalitaire. Il ne peut entreprendre de relation amoureuse sincère avec aucun des deux puisqu'il est, soit dominé par une jeunesse qui le fascine, soit dominant par son appartenance sociale. L'équilibre ne peut pas être assuré, les tensions ne peuvent disparaître et, de fait, conduisent à des situations pathétiques (Roberto vivant avec Walt par nécessité, espoir de Walt d'être aimé de Johnny) ou dramatiques (viol de Walt, mort de Roberto).

3) Harvey Milk : Un film de commande qui va tout changer.

Harvey Milk est un film pour l'instant à part dans la filmographie de Gus Van Sant. D'abord parce qu'il est le seul véritable biopic. En effet, si Gus Van Sant tire souvent la matière de ses films d'œuvres littéraires (Mala Noche, Even Cowgirls get the blues, Drugstore cowboy, Paranoid Park ...), de faits divers (Elephant, Gerry...), d'autres films (Psycho) ou même d'une expérience effective (Last days), Harvey Milk fait pour la première fois le portrait nommé d'un homme ayant réellement existé. Même en prenant en compte l'effet de mode du "biopic" depuis le début des années 2000, Harvey Milk est singulier par son thème, par le choix de réalisateur et par sa façon de le traiter. Harvey Milk est un film de commande, Van Sant n'étant pas à l'origine même du film mais un acteur essentiel de son expression, de son esthétisme et de la direction interprétative qui lui est donnée.

Le réalisateur choisit le parti pris d'une reconstitution à l'identique du Castro des années 1970, d'assimilation physique des acteurs aux personnages historiques et surtout, mêle des images d'archives à son long métrage. La musique de Danny Elfman constitue un fil rouge qui offre une grande cohérence au film. Le film est construit autour de la figure du personnage principal en train de raconter son histoire dans l'éventualité d'un attentat à son encontre. Cette entrée en matière rapproche place d'emblée le spectateur face à une tragédie au sens classique : le personnage va à la rencontre d'un destin qu'il semble déjà connaître. L'ensemble du tissu narratif est donc fait de flashbacks distribués de manière linéaire, la démonstration est quasi-historique. Alors que la plupart des films de Van Sant montrent, Harvey Milk démontre. Il démontre les mécanismes de rejet des minorités, les tensions créées par la cohabitation des communautés et humanise un sujet militant par un point de vue interne aux communautés gay des années 1970. Le personnage principal fait cependant l'objet d'un traitement tout à fait classique pour le réalisateur. Une ambivalence continue contribue à créer une rupture entre le personnage public fort (Harvey Milk, premier élu gay américain, conseiller de la mairie de San Francisco) et la fragilité de l'homme (Harvey, homme homosexuel, sorti du placard sur le tard, sensible aux cris de détresse émanant de sa propre communauté). Ainsi, la patte de Gus Van Sant est perceptible dans un film pourtant voulu grand public et qui, de fait, tranche avec ses films précédents, ceux de la période contemplative. Ce film révèle une nouvelle facette de l'art du réalisateur. On connaissait sa facilité à retranscrire les émotions de personnages fragiles et isolés (Comme Danny Nicoletta ici), on découvre sa faculté à manier des émotions de masse, à rendre le sentiment d'appartenance et l'élan d'une foule à travers les scènes de manifestation. A cet égard, le personnage de Cleve Jones (joué par Emile Hirsch) est une exception dans l'œuvre de Gus Van Sant. Personnage fort, dynamique, il annonce l'Annabel de Restless qui répond à la mort par la joie comme Cleve répond au mépris et à la haine par la révolte, le panache et l'allégresse.

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mulch
 
Date 20/04/2013 14:06

Actu : La sphère dominante et l'homosexualité comme marginalité dans l'oeuvre de Gus Van Sant. La filmographie de Gus Van Sant constitue une œuvre polymorphe, tant dans sa forme que dans les sujets...


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