Train_Thalys_728x90

Le F.H.A.R. au Latina

Jeudi 28 février dernier était organisée une séance de projection sur le mouvement homosexuel dans les années 70 au cinéma Le Nouveau Latina (Paris). Quatre invitées étaient venues aussi raconter leur expérience du phénomène : Cathy Bernheim, écrivaine et critique de cinéma, Catherine Deudon, photographe, et Dominique Poggi, co‑réalisatrice du second film projeté. Petit compte-rendu de soirée.

La soirée était organisée à l’initiative de trois associations – le centre audiovisuel Simone de Beauvoir, l’association Carole Roussopoulos, et Polychrome (LGBTQQI de l’Ecole du Louvre) – qui ont proposé la projection de deux courts-métrages :

 

Le F.H.A.R. (1971)

Paris, 1971 : lors du traditionnel défilé du 1er mai s’invite pour la première fois un cortège homosexuel à l’initiative du F.H.A.R. (Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire). Des lesbiennes, des gays, de simples sympathisants, le cortège n’est pas forcément très fourni, mais ne manque pas de se faire remarquer. Les slogans fusent : « Les pédés dans la rue », « Nous sommes un fléau social », « Papa, maman, ta fille est une lesbienne », « A bas les phallocrates! ». Le choix du 1er mai, journée internationale des travailleurs, n’est pas anodin : les mouvements homosexuels de l’époque étaient assez proches de l’extrême gauche... même si celle-ci ne leur rendait pas très bien : le parti communiste fut longtemps teinté d’homophobie, il y avait parfois de vifs heurts entre les militants LGBT et ceux de la CGT.

La deuxième parti du court-métrage filme une discussion à l’université de Vincennes entre des membres du F.H.A.R. L’échange est animé  : être homosexuel est vécu à l’époque comme étant nécessairement révolutionnaire – dans une société encore patriarcale où l’impératif du mariage et de la filiation était encore très prégnant. L’homosexualité bourgeoise est fustigée par les militants pour mieux endosser toute la charge subversive induite par leur orientation sexuelle : refus de la famille, refus des impératifs de genre, refus des clichés associés aux actifs et aux passifs, transgression des classes sociales, etc.

Les intervenantes de la soirée feront par ailleurs remarquer les liens nombreux qu’il existait entre le F.H.A.R. et le M.L.F. Ce dernier mouvement militait en effet pour le droit à l’IVG et à la pilule : cette première remise en cause de l’association sexualité / reproduction a très certainement facilité l’acceptation et la théorisation de l’homosexualité. 

 

Manifestation contre la répression de l’homosexualité (juin 1977)

Au printemps 1977 la chanteuse de charme américaine a mené une virulente campagne médiatique pour faire abroger une loi protégeant les homosexuels contre des discriminations au travail en Floride. C’est dans ce contexte qu’en Juin de la même année est organisé à Paris un défilé homosexuel pour protester contre la répression dont font l’objet les gays et lesbiennes. Le court-métrage montre une petite équipe de reporters venus interviewer les passants afin de recueillir les impressions que suscite cette manifestation bariolée : si certains approuvent tout à fait leur combat, la plupart affichent une hostilité plus ou moins marquée. Sans surprise, le leitmotiv de leurs arguments est de dire que l’homosexualité serait « contre-nature », ou du moins devrait rester quelque chose de totalement privé... comme quoi, 35 ans plus tard, les discours n’ont pas tellement changé !

 

En bonus fut présenté un troisième petit film, composé d’images réalisées aux cours des manifestations pro-mariage des 16 décembre et 27 janvier derniers. C’est l’occasion de rappeler que ce genre de soirée n’a pas seulement une vocation documentaire : c’est également l’opportunité pour les lesbiennes et les gays de célébrer ensemble une histoire commune... composée de luttes qui restent à poursuivre ! On sentait en effet dans la salle une certaine bienveillance entre les spectateurs, et il y avait une certaine émotion à se remémorer l’historique de la lutte pour nos droits. Les témoignages des quatre invités qui ont clos la soirée allaient également de sens : à travers de nombreuses anecdotes se reconstituait le vent de liberté qu’a constitué l’émergence des groupes gays et lesbiens dans les années 70. Il faut se rendre compte par exemple que rien que le nom du mouvement « Gouines Rouges » faisait scandale à l’époque !

 

 

Pour vous tenir au courant des prochains événements organisés, rendez-vous sur le site des différentes associations :

Centre audiovisuel Simone de Beauvoir

Page Facebook de Polychrome (association LGBTQQI de l’École du Louvre)

Association Carole Roussopoulos

 

Partager cet article

Répondre à Le F.H.A.R. au Latina - commentaires sur le forum
Jarre
 
Date 05/04/2013 23:55

Bien intéressant ça!


l_incrusteur
 
Date 05/04/2013 23:18

C'était quoi les noms de ces 2 films ? SVP


l_incrusteur
 
Date 05/04/2013 23:17

C'était quoi les noms de ces 2 films ? SVP


allomat69
 
Date 10/03/2013 18:21

On rentre dans un moule de plus en plus moralisateur d'ailleurs. mais rien n'est jamais figé dans une société.


Moufle
 
Date 10/03/2013 14:38

Ils ont pas passé le film "La Révolution du désir" ? Ca parle en gros de la création du FHAR, issu du MLF, et j'ai trouvé que 35 ans après, les revendications ne sont absolument pas les...


allomat69
 
Date 10/03/2013 10:05

Tres intéressant ! "35 ans plus tard, les discours n'ont pas tellement changé !" Le regard a changé en moyenne, le discours aussi parce qu'on ne peut plus se permettre le même discours...


Dolman18s
 
Date 10/03/2013 1:11

Actu : Le F.H.A.R. au Latina Jeudi 28 février dernier était organisée une séance de projection sur le mouvement homosexuel dans les années 70 au cinéma Le Nouveau Latina (Paris). Quatre invitées...


Répondre à Le F.H.A.R. au Latina - commentaires

Image relative

Voter pour cet article

Sujets proches

Quand les opposants se fondent une esthétique

Les opposants au mariage pour tous s'expriment sur tous les niveaux de la rhétorique. Nous atteignons à présent des plans hauts en couleur : le spectacle.

Afrique: nouvelle loi anti-gay

Dans quelques jours, le parlement nigérien va voter une des pires loi homophobes jamais adoptées. En Ouganda, la loi de peine de mort aux homosexuels est à nouveau à l'agenda...

Amours lesbiens au cinéma

Le 21 mars, jour du printemps, verra la sortie dans les salles françaises de deux films particuliers, qui mettent en scène deux histoires d'amour lesbiennes.

Don du sang : Pétitions pour l'ouverture aux homo/bi-sexuels

Pour que les homosexuels et bisexuels puissent eux aussi donner leur sang, trois associations se mobilisent et lancent deux pétitions en vue de la présidentielle de 2012.

Une lettre, un coming-out pas si différent des autres.

Une ado paumée ... Un mère qui ne voit rien et qui ne comprend rien ... Des amis qui la soutiennent tant bien que mal...

Mon coming-out : tout dans ma petite tête ...

Une jeune fille de 16 ans nous narre courageusement son chemin vers l'acceptation de son orientation sexuelle.

Public Ennemies sort en salles le 8 Juillet 2009

Public Ennemies, le nouveau film de Michael Mann avec Johnny Depp, Marion Cotillard et Christian Bale, sort le 8 juillet 2009 en salles.

Une trentenaire homosexuelle obtient un agrément

Une jeune femme de 33 ans, qui s'était déclarée homosexuelle, a récemment obtenu un agrément d'adoption du Conseil Général de l'Essonne, qui lui permettra dans un délai de 5 ans d'adopter un enfant,...

THE STROKES COME BACK - vol.2

Voilà, les Strokes, dans le style du grand Bowie, ont balancé sur la toile ce vendredi 25 janvier vers 20h, heure française un nouveau morceau sans aucune comm' préalable!

Art visuel militant : Quand une photographe Black et Goudou décide d'exister.

Alors que les Gay Pride occidentales suscitent le débat sur une prétendue bonne ou mauvaise image d'une « communauté LGBT » elle-même contestée, le « I will survive » qui résonne dans les rues du Cap...