Woolf dans la Pléiade.

Certes, on pourrait douter de la nécessité de se réjouir de pouvoir enfin acheter des livres hors de prix qu'on ne lira qu'au péril de ses petits yeux fragiles. Mais ce serait retirer à l'évènement ce qu'il a de purement littéraire pour en rester aux seules considérations sur son support. Autrement dit, ce n'est pas tant la prestigieuse collection qu'il importe ici de célébrer que son hôte la plus récente : Virginia Woolf.

Enfin, récente, c'est vite dit. Née en 1882, elle n'en finit pas de faire parler d'elle. Déjà en 2010, la publication de sa correspondance avec son amie et amante Vita Sackville-West remettait sur le devant de la scène cette femme de lettres qui ne l'avait jamais vraiment quittée.

Voici qu'en Mars, la sacro-sainte institution Gallimard (oui) portait aux nues celles qui s'illustra par sa vie, ses textes littéraires et son magnifique essai A Room of One's Own, cité en exemple par Simone de Beauvoir comme l'un des épicentres de la pensée féministe. Non contente de rassembler l'ensemble des œuvres romanesques de la figure la plus connue du Bloomsbury group, cette édition a le mérite de proposer de nouvelles (re)traductions -Traversées-, dont plusieurs textes inédits en français -Lundi ou mardi-. L'occasion est donc trop bonne pour ne pas se re-plonger dans les eaux troubles de la prose woolfienne. On commencera par le jamais-trop-célèbre roman Mrs Dalloway, mis sous les feux de la rampe par Michael Cunningham puis Stephen Daldry avec le livre The Hours et son émouvante adaptation cinématographique. D'humeur saphique ? On se plongera dans « la plus longue lettre d'amour de l'histoire » selon Nigel Nicolson, à savoir : Orlando -1928-. Le roman, dédié à Vita Sackville-West, dépeint sur trois siècle l'histoire du transsexuel involontaire le plus lesbien de la littérature des années 1920. De réincarnation en changement de sexe, d'aventure en aventure (merci Serge), ce personnage androgyne permet à son auteur.e de déployer toute son imagination, servie par une plume d'une poésie bouleversante et de nous livrer une fable aigre douce et personnelle aux allures de roman historique. On nous annonce par ailleurs (dans les Inrocks) une « fantaisie féministe » répondant au titre peu évocateur de Une Société dans ce beau recueil tout neuf. Ça promet, jetez vous dessus. Sauf si vous mangez du saucisson en lisant. Parce que les tâches de gras, ça ne pardonne pas sur la Pléiade.

Pour en revenir à nos moutons (so british), lire Virginia Woolf en 2012, c'est faire une pause dans la vie quotidienne, c'est goûter un peu de mélancolie pour mieux apprécier la vie, c'est s'extasier sur un style et des structures romanesques innovantes qui vous bercent comme Les Vagues s'acheminant doucement Vers le Phare (pardonnez moi). Découvrir l'oeuvre de Woolf, c'est découvrir à chaque ouvrage une bribe ou deux de l'écrivaine elle même. Ses souffrances et son génie réconciliés, le tout rassemblé en deux volumes de papier bible, reliés de cuir, dorés à l'or. Deux volumes qui nous offrent un monument de la littérature anglophone du XXème siècle. Deux volumes pour beaucoup d'humain, beaucoup de Lettres et une balade magistrale dans les sentiments et les pensées les plus subtiles d'un coeur et d'un esprit liés par l'acte de création.

Qui a peur de Virginia Woolf ? Ah ben pas nous. Il faudrait être bête pour se priver d'un tel plaisir.

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Soto
 
Date 21/06/2012 8:42

J'ai presque envie de dire dommage.


mulch
 
Date 20/06/2012 18:08

Certes, enfin ça me traumatise pas non plus.


Soto
 
Date 19/06/2012 10:02

Non je disais que c'était marrant dans un même message de dire "ne nous attardons pas sur des détails accessoires et penchons nous sur ce qui est purement littéraire", et de mettre sous ce...


mulch
 
Date 19/06/2012 0:44

J'sais pas. Je croyais que tu me reprochais de faire l'apologie de Gallimard comme grand arbitre du bon goût littéraire. En gros. Du coup j'étais triste, mon petit c½ur saignait et pleurait en même...


Soto
 
Date 18/06/2012 23:31

Tu n'as pas entendu ma critique, Mulichette.


Drella
 
Date 18/06/2012 22:53

Très bel article ;-)


mulch
 
Date 18/06/2012 22:38

Quelle conception du littéraire se tient dans ce "purement littéraire" associé à une affaire d'édition prestigieuse... ^-^L'occasion pour les gens de s'y intéresser, de remettre le nez dans...


BrianJustin
 
Date 18/06/2012 22:08

Les astres sont un peu bizarres parfois... Tout a l'heure je passais devant le Meura et j'ai voulu acheté "Suis Je Snob" de la même auteur mais ça n'ouvre pas avant 13h30 les lundi. Je n'ai...


Soto
 
Date 18/06/2012 20:29

Quelle conception du littéraire se tient dans ce "purement littéraire" associé à une affaire d'édition prestigieuse... ^-^


mulch
 
Date 18/06/2012 20:07

Actu : Woolf dans la Pléiade. Certes, on pourrait douter de la nécessité de se réjouir de pouvoir enfin acheter des livres hors de prix qu'on ne lira qu'au péril de ses petits yeux fragiles. Mais ce...


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