Élections et réseaux sociaux : amour ou indifférence ?

Vous l'avez sûrement remarqué, nous sommes en période électorale. Cependant, cette élection apporte une petite nouveauté par rapport aux précédentes : les réseaux sociaux. Facebook, Twitter, ou même Zag et autres plates-formes numériques permettent l'accès à de nouvelles sources d'information. Déterminantes ?

Posez la question à un "expert en communication", il vous dira désormais que la présence sur les réseaux sociaux est inévitable. Pour les marques, pour les candidats à des élections, c'est un passage obligé, ou presque. Cherchez sur Facebook, sur Twitter, vous y verrez des pages réservées à McDonald's, à Coca-Cola, toutes les marques grand-public, mais aussi de plus en plus aux artistes et aux politiques. On y promeut donc un produit, qu'il soit physique, idéologique ou artistique. Le phénomène est pourtant récent : Facebook a ouvert en 2004, Twitter en 2006, et leur véritable impact ne date que de quelques années. C'est la première fois cette année qu'ils sont utilisés dans le débat politique.

Mais à quoi servent-ils, précisément ? En effet, en comptant la presse, la télévision, la radio, ou même les sites d'information sur Internet, le paysage rempli de sources d'information. Chaque journal papier ou presque a son édition Internet, chaque radio s'y écoute : la personne cherchant à s'informer n'aura que l'embarras du choix. On peut donc penser que ce n'est pas un manque d'information disponible qui explique cet engouement. La réponse est ailleurs, donc.

Vous devez y avoir pensé vous-même : ce qu'on cherche sur un réseau social, c'est de l'interaction. C'est la capacité à répondre, à produire soi-même de l'information, à réagir à l'information qu'on consulte. On avait pu voir les prémices de ce mouvement avec l'apparition de "sites d'information collaboratifs", du type Agoravox : la rédaction d'articles était ouverte à tout le monde. Cependant, les conditions de publication des articles étaient sans doute trop drastiques et décourageaient les moins vaillants. Cela ouvre des perspectives intéressantes dans le domaine politique : le citoyen, las d'être abreuvé de discours jusqu'à plus-soif, peut désormais réagir ! Il peut tout à fait dire que ça le dégoûte, que ça l'enchante, qu'il est d'accord ou qu'il n'en a rien à foutre.

Cependant, on peut se demander si les candidats ont bien saisi le concept. De Nicolas Sarkozy à Jacques Cheminade, de François Hollande à Nathalie Arthaud, tous les candidats ont une page Facebook et un compte Twitter. C'est un bon point. Mais qu'y font-ils ? On a de tout. Des petits messages pris sur le vif aux phrases-choc, des liens vers les programmes, de la plus petite brève à la dissertation, les candidats font un peu de tout. Il est en général possible aux internautes de réagir, ce qui est bien : ils ont compris le principe. Mais il ne faut pas se leurrer : si les candidats sont actifs sur les réseaux sociaux, la palme en revient aux militants, et aux soutiens.

Un petit paragraphe se doit ici d'être dédié à Nadine Morano. Véritable icône de Twitter, mitraillette à retweet dès qu'elle voit un message favorable à Nicolas Sarkozy, c'est également elle qui se prend le plus de vacheries en direct. Dernière en date, à l'heure où j'écris : "Le pédalo de #Hollande va couler Mélenchon à sauter dessus en pleine tempête". En réponse : une myriade de messages se moquant de son énorme faute d'orthographe. A noter que Stephane Guillon, lui aussi adepte de Twitter, semble en avoir fait une cible de choix.

Enfin, ces réseaux sont devenus des espaces de choix pour les militants, qui peuvent y débattre. Cependant, ces réseaux ont-ils vraiment le pouvoir de faire changer des opinions ? Peut-on vraiment se faire élire grâce à Facebook, pour grossir le trait ? La réponse immédiate est "non". Pour plusieurs raisons.

On remarque que ces réseaux se transforment en "vases clos" où s'ébattent et s'entre-écharpent militants de tous bords, dans l'indifférence générale. On peut le dire : un militant a son idée, et un débat ne lui en fera pas changer. Il n'y a que sur les indécis que ces médias peuvent jouer. Ce qui peut donc apparaître comme un phénomène énorme, avec des milliards de messages, Tweets, topics dédiés à la politique n'a en fait qu'un impact assez faible. Cela fait de ces réseaux un média dont l'effet direct sur l'opinion est faible. 
Cet effet est d'autant plus faible que pour assiter à ces joutes, il faut le vouloir. Ne les verront que ceux qui ont Liké la fanpage d'un candidat, ou qui suivent des militants sur Twitter, ou qui lisent les topics politiques de Zag. Un indécis qui s'en fout ne lira même pas ce qui est écrit : effet nul. Donc, l'effet direct est véritablement négligeable : seuls changeront d'avis les indécis intéressés par la politique. L'effet principal est donc à chercher ailleurs.

L'effet principal de ces réseaux tient à un phénomène qu'on qualifie de leadership d'opinion. C'est la capacité de certaines personnes à influencer les décisions des personnes qui les entourent. Les hommes politiques, les artistes, les experts, toute personne ayant un pouvoir de "prescription" peut en être. Si vous êtes expert sur un domaine, vous pouvez parfaitement endosser ce rôle sans le savoir.
Et l'intéressant est ici : ces réseaux, et particulièrement Twitter, regorgent d'experts. Prenons un exemple : l'homme politique A passe à la télé, et prononce un discours. Sur Twitter, une population qui mêle experts et journaliste écoute cette allocution. Ils la commentent en direct. L'homme politique A sort un chiffre. Un expert, non journaliste, démentira directement, ce chiffre relevant de son domaine de compétence. Ce propos, s'il est associé à une source, sera repris ensuite dans les médias de masse. 
L'effet ici est donc indirect, mais oblige les hommes politiques à faire attention à ce qu'ils disent, car cela peut vite être repris contre eux. 

En gros, en guise de synthèse, une question : est-ce que zoner sur Twitter m'aidera à faire un choix pour le 6 mai ? Réponse : non. Les sites Internet d'information se suffisent, dans ce cas. Vous aurez juste l'information avant. Par contre, si Twitter n'a pas d'effet direct sur vous, il en aura sur les candidats. Et donc, par ricochet, sur vous. Marrant, non ?

PS : en plus, si vous avez envie de vous foutre de la gueule des politiques, vous vous apercevrez vite que Twitter, c'est le meilleur endroit pour que les militants s'auto-congratulent, se motivent eux-mêmes et se disent l'un l'autre tout le mal qu'ils pensent de l'adversaire du moment. Remarquez, il est bien connu qu'une limite de 140 caractères, ça aide à produire du débat de qualité.

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allomat69
 
Date 30/04/2012 9:48

Meme si chacun a tendence a camper sur son opinion, je trouve que sur les reseaux on a plus facilement acces a la construction de cette opinion, ce qui permet infiniment mieux de la comprendre qu'en...


LoupBlanc
 
Date 29/04/2012 21:11

Actu : Elections et réseaux sociaux : amour ou indifférence ? Vous l'avez sûrement remarqué, nous sommes en période électorale. Cependant, cette élection apporte une petite nouveauté par rapport aux...


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