En L, on "constate" l'homoparentalité...

Le 1er novembre, comme cela n'a pas pu vous échapper, on annonçait au JT du 20h de TF1 l'étude de l'homoparentalité au milieu et au même titre que les autres types de famille, en section littéraire, option DGEMC (comprendre "Droits et Grands Enjeux du Monde Contemporain"). Pour beaucoup, on apprenait par là-même un début d'enseignement du droit dans cette filière : il s'agit en effet de la "revaloriser" en montrant aux élèves "comment le droit aborde les questions contemporaines", précise le ministère de l'Education nationale. Cette mesure devrait être effective à la rentrée 2012.

En substance, cette nouveauté tient de l'introduction du terme "homoparentalité" dans un texte du programme intitulé "L'évolution de la famille", qui stipulait initialement : "Après avoir constaté l'absence de définition de la famille, on montrera, par une analyse juridique et historique qu'elle a profondément évolué et qu'elle est devenue multiforme (famille biologique, adoptive, monoparentale, recomposée, nucléaire, élargie) et on proposera aux élèves d'en rechercher une définition." La mention des familles homoparentales trouve maintenant sa place entre la monoparentalité et les familles recomposées.

Pour les associations de parents homosexuelles, il s'agit d'ores et déjà d'une victoire, notamment pour l'ADFH (Association des Familles Homoparentales), qui faisait cette réclamation depuis quelques mois : si le cadre légal n'existe pas encore, l'apprentissage est pour elles un premier pas. "Les textes officiels concernant les lycées évoquaient déjà l'homosexualité, mais c'est la première fois qu'ils évoquent l'homoparentalité", a déclaré Alexandre Urwicz, coprésident de l'ADFH, qui compterait plus de 600 adhérents après une année d'existence. Principalement, comme l'exprime Mathieu Nocent, porte-parole de l'Association des parents et futurs parents gays et lesbiens (APGL), c'est l'espoir qu'on en parle qui les motive, et donc que la situation d'homoparentalité, une réalité qui concerne souvent des familles fragilisées car non reconnues et absentes dans la loi, vienne à terme à être considérée.

Une mesure imposée

Le petit bout de joie qu'en ont tiré les associations homosexuelles n'est pas sans conséquence. Le site de L'Humanité classe par ailleurs l'affaire dans son dossier "Points chauds". La mesure en effet, d'une envergure somme toute minime, a suffi à susciter l'opposition de Jacques Myard, député UMP : dénonçant ce qu'il perçoit comme un forcing de certaines commissions de l'Education nationales auprès du législateur, il ajoute qu'il est "inadmissible de présenter l'homoparentalité comme étant une variante naturelle de la famille",  et se chargera de demander des explications à Luc Chatel. Il pointe néanmoins que, "comme tous les débats dans une démocratie, le débat peut avoir lieu". Hervé Mariton, député de la Drôme, y va lui aussi de son couplet : "Le ministère de l’éducation n’est pas à une maladresse ou une provocation près !", s’irrite l’élu, jugeant "la barque déjà lourde". Il se chargera pour sa part d'interpeller ses collègues.

Pas de cadre légal

Aussitôt la mesure annoncée, on rassure donc au ministère : on tient ainsi à préciser que la mention de ces "questions de société ne signifie aucunement qu’elles aient une reconnaissance et une définition légales". "Mentionner ces questions de société permet seulement de montrer aux élèves les réponses apportées par le droit sous toutes ses formes (loi, réglementation, jurisprudence)", ajoute-t-il.

Le journal La Croix rapporte quant à lui un communiqué de Claude Greff, secrétaire d'État à la famille : "l’étude des familles homoparentales (…) ne vaut pas reconnaissance de l'homoparentalité dans le système juridique français (…). Il est donc erroné de la part de l’association des familles homoparentales de présenter ceci comme une victoire ou le signe avant-coureur d’une évolution du droit de la famille". Qu'elles se le tiennent pour dit...

Des garanties insuffisante

Malgré ces garanties, la situation n'est pas pour faire plaisir à la Confédération nationale des associations familiales catholiques (CNAFC). Le Bulletin officiel, qui a annoncé l'introduction du thème d'études en section littéraire, emploie pour elle une "formulation ambiguë", "met au même niveau des situations dont le régime juridique est différent". Elle craint par ailleurs que les éditeurs de manuels scolaires disposent d'une trop grande marge de manoeuvre dans la transposition de cette résolution. Enfin, pour la CNAFC, on ne doit pas évoquer d'"évolution de la famille". L'association voit visiblement la famille intégralement acceptée comme un modèle central et immuable de la société, vecteur même de ces principes moraux, et dans une société d'inspiration catholique, de modèle catholique. Manifestement opposée à l'idée d'une étude des familles sur un plan strictement égalitaire, elle demande d'abord une définition de la famille en quelque sorte originelle, par un chef-d'oeuvre de détours et de sous-entendus : elle réclame ainsi "l’enseignement des différents types d’union juridiquement actés et de la définition des notions de bases telles que le mariage, la filiation… inscrites dans la loi" et "la présentation des raisons de l’existence de ces régimes juridiques différents, selon les différents types d’union (mariage, PACS, concubinage)", ainsi que, dépassant sans doute ici le cadre du débat, "le fait que les différentes formes de vie de famille n’ont pas toutes les mêmes conséquences aussi bien pour les personnes que pour la société".  De là à dire que des parents gays ou lesbiens auront une influence sinon négative, du moins marquée, différente de celle des familles hétérosexuelles, dans le développement des enfants, il n'y a qu'un pas de nain. On notera aussi l'idée de ce que la CNAFC appelle une "raison d'existence" du PACS par exemple, qui signifie nécessairement une barrière pour les homosexuels à l'accès au mariage.

Dans le même milieu, d'autres voix s'élèvent, qui semblent tout d'abord plus réconfortantes : Claude Burrier, secrétaire général adjoint de l’enseignement catholique, où l'on suppose aisément que la mesure rencontrera le plus de difficultés (au côté des autres écoles religieuses sous contrat), ne trouve pas matière à s'inquiéter, et rappelle que les enseignants ne seraient sans doute pas dépourvus devant ce sujet, les élèves ne manquant pas d'y faire appel : "l’éducation, ce n’est pas de faire l’autruche, mais regarder le monde tel qu’il est". On ne peut enfin savoir qui de la CNAFC ou de la simple formulation du texte qui sera étudié par les littéraires ("analyse juridique et historique") il rejoint : "Ce qui compte, poursuit-il, c’est de donner des repères aux jeunes et de les aider à saisir les enjeux anthropologiques".

Un moindre mal

Qu'on se rassure, il rappelle que, de toute façon, seule une petite minorité d’élèves, ceux qui, en terminale L, auront choisi la spécialité "droit", seront touchés par l'enseignement de ce programme.

Le même son de cloche résonne désagréablement sur le fil info du site de France 2, où l'on achève le titre d'un article de points de suspension évocateurs : "L'étude des familles homoparentales en L...", avant que l'introduction ne vienne éventuellement rassurer le lecteur : "... uniquement pour les élèves ayant choisi la spécialité "Droit et grands enjeux du monde contemporain" (DGEMC)". Alors, peut-être, on finit par juger bon de développer le sujet...

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Répondre à En L, on "constate" l'homoparentalité... - commentaires sur le forum
brun44
 
Date 23/11/2013 22:17

J'entre en février prochain en première L, et j'ai hâte d'être en terminale histoire de voir ce que c'est exactement... Je pense que c'est un bonne idée même si le sujet ne sera pas trop poussé (à...


symbioss
 
Date 29/11/2011 12:04

Ce que je trouve choquant, qu'on soit d'accord ou non au fond avec cette mesure, c'est que la moindre mention de l'homosexualité dans les enseignements fait tout de suite débat ; il y a un peu de « on...


Josselin
 
Date 27/11/2011 5:14

J'entre en février prochain en première L, et j'ai hâte d'être en terminale histoire de voir ce que c'est exactement... Je pense que c'est un bonne idée même si le sujet ne sera pas trop poussé (à...


radamisto
 
Date 20/11/2011 10:30

Ce que je trouve choquant, qu'on soit d'accord ou non au fond avec cette mesure, c'est que la moindre mention de l'homosexualité dans les enseignements fait tout de suite débat ; il y a un peu de « on...


Tom-Tom-Go
 
Date 17/11/2011 21:23

Mwai, y'a pas de quoi se taper le cul par terre non plus...


Nomos
 
Date 13/11/2011 12:52

Étudier l'histoire du droit de la famille est vraiment intéressant, l'histoire du droit est passionnante de toutes façons. ^^ Mais vue le programme proposé par le texte, je doute fort que le contenu...


Shindaar
 
Date 13/11/2011 11:59

J'espère bien que mon lycée mettra en place cette option l'année prochaine, car je suis demandeur ! :P Article très intéressant.


Workz
 
Date 13/11/2011 3:13

Actu : En L, on "constate" l'homoparentalité... Le 1er novembre, comme cela n'a pas pu vous échapper, on annonçait au JT du 20h de TF1 l'étude de l'homoparentalité au milieu et au même titre...


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