Juste ma vie.

Ma petite vie, un peu insignifiante, mais il paraît que c'est la mode de la raconter. Alors pourquoi pas moi ?

J'ferais pas de grand récit, j'pense que ça sert à rien et puis, mon histoire n'est pas tout à fait aussi intéressante que les vôtres. Donc bonne lecture, si quelqu'un me lit, bien sûr.

 

Je me suis vraiment rendue compte à l’âge de 15 ans, que j'étais homo. Ca faisait déjà bien un an que je me posais cette question : «Et si j’étais lesbienne ? ».  Mais je ne m’en suis jamais préoccupée réellement. « Ca viendra quand ça viendra. » me disais-je.  En fait, ces questions sont apparues dans ma tête,  quand j’ai surpris ma grande sœur et son « amie » dans la salle de bains, dans les bras l’une de l’autre.  Mais avec une simple amie, on ne se cache pas pour seulement la prendre dans ses bras. Donc je suis partie, je n’ai rien dit. Et puis je suis repassée devant,  et j’ai aperçu un mouvement de recul de leur part. C’était sûr. J’en étais certaine. C’était comme une évidence. J’ai esquissé un petit sourire, puis je suis partie.

 

Quand nous nous sommes installés à la table pour déjeuner, ma sœur évitait mon regard. Sa copine fixait son assiette,  inlassablement.  Je n’ai pas eu l’audace ni le courage de leur demander quoi que ce soit. Pourtant, j’aurais été heureuse qu’elle m’en parle. Si elle m’avait dit « Je suis homo. » seulement un an avant ça, je suis presque sûre que je l’aurais rejetée. Mais c’était différent désormais. J’ai grandi, j’ai muri et je suis plutôt tolérante. Ma grande sœur a toujours été quelqu’un de fragile,  et malgré nos huit ans d’écart,  j’ai toujours fait attention à elle. Je l’ai protégée des remarques blessantes sur l’homosexualité comme on a pu en entendre à Noël de la part de mon oncle par exemple,  en changeant brutalement de sujet, quitte à ce qu’on pense que je le suis.  Et quand je n’avais pas pu éviter les remarques blessantes sur ce sujet,  je lui prenais la main et je la lui serrais,  comme pour dire que j’étais là. Je lançais un regard sur ma mère,  mes sœurs et mon frère,  pour lui dire qu’elle n’est pas seule, qu’ils la soutiennent eux-aussi. Que même s’ils ne le savent pas encore,  ils la soutiennent eux aussi. C’est ce qu’est censée faire la famille non ?

 

Un jour, je lui parlais via internet. Je lui ai demandée avec qui elle était en couple. Elle m’a répondu « Quelqu’un. »  Alors je lui ai dit que je savais, que je savais tout. Depuis presque un an.  Je la connais, son sang n’a dû faire qu’un tour.  Alors elle me répond : « C’est qui, alors ? »  Et je lui dit : « 5 lettres. ».  Elle rétorque : « Ah ah.. » ! Et, énervée, nerveuse je lui écrit : « Oh c’est bon, c’est Alice, j’ai grillé ! » pour enchaîner par un : « Je suis contente pour toi.. » et un « Je t’aime. ».  Je me demande ce qu’elle a ressenti à cet instant précis, mais compte tenu du temps qu’elle a mis pour répondre,  et de la façon dont elle l'a fait,  elle devait être soulagée. Et puis on a parlé d’Alice pendant près de deux heures,  elle semblait réellement heureuse.  Puis, ma famille proche l’a appris. Mon autre grande sœur semblait contente pour elle,  ma sœur jumelle a esquissé un sourire et mon frère jumeau,  sous ses airs de petit dur,  est une vraie crème. Il a crié : « Je le savais ! Ah ah ! Elle déchire ma sœur ! Et euh.. Moi aussi hein. » Et puis mon père, même s’il n’est pas en très bon terme avec ma grande sœur, semblait vraiment heureux.  « J’espère qu’elle est heureuse.  Elle ne mérite que ça, je suis tellement content pour elle.. » a-t-il déclaré, les yeux pleins de larmes de joie.

 

Malheureusement, leur histoire s’est terminée. Ma sœur,  toujours très fragile,  a fait une dépression. Mais elle a une famille,  elle le sait bien. On l’a soutenue, tous.

Un jour, pendant les vacances d’été,  j’étais chez mon père. Je ne suis pas non plus en très bon terme avec lui, mais j’estime avoir de la chance de l’avoir, même s’il m’agace prodigieusement et que je ne peux pas le supporter, c’est quelqu’un de bien. Quelqu’un de bien, mais qui souffre. Donc j’étais sur internet ce jour-là, sur facebook, plus précisément. J’ai vu que ma sœur était passée de célibataire à en couple. J’ai ouvert une fenêtre de discussion, histoire de la cuisiner un peu. J’ai pas eu besoin de trop la titiller, elle me l’a annoncé directement. Elle m’a montré des photos, puis elle m’a dit de ne rien dire aux autres, tant qu’elle n’était pas sûre que ça dure. Je lui ai dit que j’étais fière d’elle. Je ne peux pas vraiment décrire l’émotion que j’ai ressentie. Elle s’est confiée à moi. Seulement à moi, en première. Mes yeux se sont brouillés, et j’avais envie de crier, de sauter de joie. Je suis fière d’elle. Tellement. Aujourd’hui, elle est toujours en couple. Sa copine est quelqu’un de génial, on l’aime tous beaucoup. Elle va bien, et je suis heureuse. Heureuse pour elles.

 

Pour en revenir à moi, il m’est arrivé des trucs pas très drôles. J’en parle légèrement, je n’en ai pas énormément souffert, curieusement. Mais j’y pense. Et plus je grandis, plus ça me fait souffrir. Certains diront que c’est ce qui m’a rendue homo. Je ne sais pas, je ne me pose pas la question. Quand j’écoute « Une femme avec une femme » je ne peux m’empêcher d’esquisser un sourire. Je suis ce que je suis, j’en suis tellement fière, et pour rien au monde je changerai ça. Si je pouvais changer quelque chose, je changerai tout, sauf mon orientation. Je n’ai eu qu’un grand amour, et je ne sais pas très bien ce que je recherche sur ce site. Je veux quelqu’un qui m’aime. Peu importe ce que je suis, qui je suis, ce que j’aime, comment je suis. Juste quelqu’un qui m’aimera. Quelqu’un qui ne me quittera pas, parce que je ne veux plus être de celles qu’on quitte. Je veux être de celles avec qui on reste. J’en ai besoin. J’ai besoin d’amour. Et même si j’ai encore du mal à dire « Je suis lesbienne. », ça va venir. Bien que ce soit plutôt le mot que je trouve moche, parce que je peux très bien dire : « Je suis homo. » Enfin, pas de vive voix. Et puis, j’estime ne pas avoir besoin de déclarer ça, est-ce que les hétéros se sentent obligés de dire : « Ecoutez.. Je suis hétéro. » C’est pas une tare après tout,  c’est pas une déviance.

Je sais très bien que si je le dis à ma famille, ils vont très bien le prendre. Mais c’est au dessus de mes moyens. Je l’ai dit à certains de mes amis, mais curieusement, je ne l’ai pas dit à mes meilleurs amis. Non, pas que j’ai peur de leur réaction, parce que je sais qu’ils seraient contents pour moi, mais je ne sais pas. C’est moi. Je ne dis rien. Je suis très secrète. J’ai l’habitude de tout garder pour moi. Un jour viendra peut-être, quand j’aurai trouvé la femme de ma vie, je ne me cacherai plus. Et le monde sera au courant, croyez-moi. Si j’aime cette fille, je le crierai sur tout les toits.

 

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Hope-the-hope
 
Date 30/01/2016 18:47

J'ai trouvé très chouette ton article, déjà tu m'as fais sourire quand tu as dis que tu racontais ta vie car tout le monde le fait. j'ai trouvé touchant l'amour que tu portes à ta grande soeur, c'est...


Lesdixgagas
 
Date 19/01/2015 19:47

bel article :) c'est cool que ta famille l'ai accepté :)


diablote
 
Date 14/03/2012 21:30

Ton texte est plein d'émotion. On se retrouve vraiment dedans!Il sent la spontanéité, et ça, ça fait plaisir!! Tu as de la chance d'avoir une famille aussi ouverte et proche. Bon courage pour les...


BrokenSurfer
 
Date 30/04/2011 17:52

J'ai beaucoup aimée, et puis l'écriture légère un peu comme dans un journal intime j'adore, moi je te dis courage et que l'amour de ta vie te sourit :)


Emzs
 
Date 12/02/2011 14:30

Très jolie texte.



 
Date 18/10/2010 15:26

J'ai lu ton article entièrement, je trouve que tu as de la chance d'avoir une famille qui te soutiens ! En tout cas, j'adore ton texte ! Bonne chance pour la suite :)



 
Date 14/10/2010 22:10

j'ai lu tout ton article du début à la fin tellement il m'a happé ton histoire n'est pas commune mais tout le monde y retrouvera un morceau de sa vie j'espère que tu trouveras...



 
Date 08/10/2010 21:02

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