Quand le doute évolue

"Moi, 16 ans, un garçon qui aime les garçons, je doute de moins en moins." : Ce garçon aujourd'hui anonyme vous narre son histoire en slamant.

Agrafé sans dégâts,
Le mensonge sécurise.
C'est qu'tu vois P'tit gars
'Faudrait pas qu'tu t'brises.

Durant les quinze premières années, je ne me suis même pas posé la question. Les instants de plaisirs solitaires alimentés par une imagerie mentale principalement masculine ne m'interpellaient même pas. A enfouir loin du conscient, 'faut dire qu'on s'évite bien des soucis.

Un joujou t'est offert,
Tu n'le tiens pas comme il faut,
'Me dit pas qu'tu préfères
A ces belles, ces beaux.


Internet, milles qualités dont celle d'éviter aux mères de tomber sur des revues interdites. Navigant dans l'entièreté des contenus vidéo, une partie de moi l'admet progressivement : mon regard ne porte pas à l'opposé.
Il finit par ne plus y avoir d'actrices dans mes clips et je me shoote aux :
"C'est pour comparer, d'ailleurs la sodomie me dégoute"

Remarque les remarques,
Sans foutre qu't'aime le foutre.


Qu'un con m'ait qualifié de tapette au collège je n'y aie prêté que peu d'attention. L'offenseur pour le coup, critiquait un aspect qui chez lui n'était pas absent. Crie ton insécurité bébé, crie à ce que l'on regarde celui qui est pire que toi ! Oui je me disais ça, d'ailleurs, à ce moment-là, je regardais seulement du X hétéro et n'avais aucune préoccupation particulière à ce sujet.
Ce qui m'a froissé davantage ; les propos, il y a environ un an, d'une amie qui un jour m'a balancé "Mais de toute façon t'es gay toi, t'en fais pas hein? j'ai plein de potes gay" et vlan. J'adopte une attitude navrée. Ces propos sont infondés et de surcroît tout à fait erronés. L'embrouille a brisé une amitié, et attisé pendant longtemps les remarques d'un ami, certain de son humour.

Alors, mis à nu ou calomnié ?

Contempler l'océan
ou nager dedans.


Décidé à ne pas m'attarder sur la question, j'ai alors laissé couler.
Entre temps j'ai eu deux petites amies potentielles, mais en rien un quelconque désir n'est venu dézinguer ma timidité. J'ai comme il se doit longtemps pesté sur ces occasions ratées. Si le regret vous arrache le moral, ils est dans ces cas là, corrosif au possible.

Doutant sans douter, acceptant sans accepter, je ne peux pas dire avoir connu une phase de questionnement intense. Je l'ai en quelque sorte toujours su, mais juste un peu, et ce juste un peu est enfoui sur un putain de tas de gravier. Parfois la terre tremble, et le gravier devient disparate. Un beau mec, un gars dont je tombe amoureux puis me résigne tels sont mes séismes. Il y a aussi les rêves. Quand ils sont érotiques, ils sont agréables, quand ils sont agréables c'est qu'ils sont gay. Récemment c'est presque chaque nuit que les scènes que sculptent mes songes font péter le gravier en éclat. Alors, je commence à m'intéresser à des films tels que Latter Days, SummerStorm, Shelter et 2h37 ou encore aux vidéos de Fred dans Physique ou Chimie. Le processus d'identification fonctionne de la même manière que lorsque je navigue sur certains forums pour ados où fusent les "suis-je gay?", je m'y reconnais.

-P'tit gars, va à l'eau  !
-C'est qu'j'ai peur d'pas avoir pied
-'Te reste qu'à acheter une bouée
-J'ai aussi peur des escrocs  

Coming-out ? Bien que je mon orientation sexuelle se consolide de jour en jour, je pense les obstacles trop grands. Ajoutez à cela que mes tendances eureutophobes me font rougir pour le moindre "PD" qui sort de la bouche d'un con, le chemin sera long.
Tout le monde se dit tolérant. Les insultes à base de PD ou sale gay surgissent bien trop souvent pour le confirmer.

Et puis la crainte,
De voir le modèle familial auquel on m'a fait croire et dans lequel je me suis projeté se détruire,
Et puis les amis, voir partir,
Ma propre famille en pâtir,
Et puis pleins de ci et de cela, d'envie de rencontrer un gars, de rien et de n'importe quoi.


Les mots,
Un couteau,
Saute
L'agrafe,
Saute.

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