Les homosexuels et la persécutions du régime nazi

Bref historique de la persécution nazi en France et Allemagne

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, l'idéologie National-Socialiste a tout d'abord entretenu des relations ambiguës avec l'homosexualité. Aux premières heures du mouvement, le culte de la virilité, de la beauté plastique, de l'homme nouveau était teinté de machisme et d'homo-érotisme. Les SA, par la voix d'Hans Blücher -un proche de l'organisation paramilitaire- et par l'exemple d'Ernst Röhm, qui était ouvertement inverti, furent plutôt favorables à l'homosexualité "à l'antique". Néanmoins les sections d'assauts furent balayées avec la nuit des longs couteaux et l'année qui suivit, en 1935, le régime durcit la législation envers les homosexuels (modification du § 175 du Code pénal allemand). Il faut néanmoins rappeler qu'à l'époque, la condamnation pénale de l'homosexualité, ainsi que son classement dans les maladies mentales, étaient considérés comme allant de soi dans de nombreux pays. La pénalisation de l'homosexualité, en elle-même, n'était donc pas spécifique à l'Allemagne Nationale-Socialiste.



Il n'en reste pas moins qu'au sein du Reich de très nombreux homosexuels furent déportés vers les camps de concentration. Les prisonniers homosexuels masculins étaient marqués d’un triangle rose, d’une taille supérieure aux autres triangles classificatoires, ce qui avait souvent pour effet, en plus des conditions de vie très dures dans les camps, de les livrer à l'hostilité des autres déportés. On imagine fort bien les humiliations et les avanies de toutes sortes, dans un tel milieu, que durent souffrir des homosexuels forcés malgré eux à ce que l'on appellerait de nos jours un "outing". C'est pourquoi le triangle rose est aujourd’hui utilisé comme un symbole d’identité gay, rappel de la cruauté des persécutions passées. Les femmes homosexuelles ne furent pas épargnées par le zèle de la Gestapo et de nombreuses lesbiennes furent déportées, mais ce fut plutôt en tant qu'asociales qu'en tant que délinquantes sexuelles définies.

Aucun projet spécifique d’extermination, comparable à la sinistre Solution finale, n’a été élaboré en vue de faire disparaître les homosexuels à l'instar des juifs, des tziganes et autres ethnies considérées comme "inférieures". Cependant les orateurs nazis s'en prenaient couramment à eux, en de termes fort peu équivoques quant à la nécessité de leur élimination, ce qui ne pouvait pas être sans effet sur le traitement qui leur fut réservé dans les camps de concentration, au seul motif qu'ils étaient homosexuels. Ils furent ainsi victimes de traitements particulièrement barbares.

Le calvaire des homosexuels sous le régime hitlérien ne fait que depuis peu de temps l'objet d'un intérêt à la mesure du drame. Peu reconnu ni compensé financièrement jusqu’à nos jours, quelques commémorations officielles ont eu lieu depuis, dont le Homomonument à Amsterdam et un projet de monument à Berlin.

Aucune étude historique de fond n’ayant à ce jour été publiée, les chiffres, allant de la simple dénégation (0) aux exagérations plus fantaisistes (plusieurs millions) circulent sur le nombre d'homosexuels tant déportés qu’assassinés entre 1933 et 1945. Les travaux sur bases des condamnations « légales » suggèrent 10 000 victimes :

« Moins de dix survivants homosexuels ayant témoignés sont connus à ce jour. ... Franck Rector fait un tour d’horizon des statistiques. Estimant de 10 000 à 1 million de victimes, il choisit néanmoins le nombre de 500 000. Pour lui, si les estimés de Himmler sur le nombre total d’homosexuels masculins en Allemagne étaient de 2 millions, il procède au calcul selon une simple statistique. 25% des homosexuels d’Allemagne, de Hollande et de la France est donc, selon lui, une statistique valable. Heinz Heger, au milieu des années 70, estimait le génocide à 50 000 victimes. Ses données sont fondées sur un estimé des condamnations légales. Il ne tient donc pas compte des victimes sans procès. Un autre estimé vient de l’Église de la confession d’Augsbourg d’Autriche. Cet estimé est de 220 000. Cependant, les méthodes de calcul de cet estimé sont fortement critiquées par d’autres historiens. Richard Plant, quant à lui, estime, que de 1933 à 1944, « 50 000 à 63 000, dont 4000 mineurs et 6 lesbiennes »(!) meurent des mauvais traitements des camps nazis. Finalement, les ouvrages généraux sur les persécutions nazis - lorsqu’ils discutent du traitement des homosexuels - estiment pour la plupart le nombre de victimes homosexuelles à 10 000. Ce nombre est basé sur une compilation des condamnations officielles du régime nazi sous le paragraphe 175. »

in: Lloyd Eden Keays, La persécution de groupes minoritaires sous le régime Nazi, Université de Laval, 1996, pp 6,15-16. (http://www.keays.ca/etude/index.html)

Voir aussi : système de marquage nazi des prisonniers.

En France la situation fut contrastée. Dans les territoires annexés (Alsace et Moselle) intégrés au Reich et donc soumis au Code pénal allemand, les homosexuels furent déportés. Mais en zone occupée, comme dans la France de Vichy, les homosexuels ne furent pas inquiétés. Certains même collaboreront avec l'occupant: Robert Brasillach écrivain antisémite, Abel Bonnard ministre de la jeunesse du gouvernement Laval affublé du terrible sobriquet "Gestapette". Néanmoins, en 1942, le régime de Vichy introduit dans le Code pénal une discrimination, rompant la tradition française d'égalité des homosexuels et hétérosexuels : l'article 331-1 du Code pénal fait un délit de l'acte consistant à avoir des relations homosexuelles avec un mineur (moins de 21 ans), au lieu de 15 ans pour les hétérosexuels. Les ordonnances du gouvernement du Général de Gaulle en 1945 confirment cette disposition.

Les persécutions nazies à l'égard des homosexuels se sont déroulées dans un contexte de durcissement général des régimes totalitaires et autoritaires sur les « déviances morales ». Ainsi, en 1934, Staline a fait adopter des dispositions pénales prévoyant l'emprisonnement et la déportation des homosexuels. D'après des données incomplètes, de l'ordre de 300 000 à 400 000 personnes ont été condamnées sur la base de ces dispositions (qui n'ont été abrogées qu'à la fin des années 1980). Dans les pays de tradition stalinienne, la persécution des homosexuels a été systématique. C'est encore le cas aujourd'hui en Corée du Nord et à Cuba. En Espagne, le régime franquiste avait adopté la loi sur la dangerosité sociale qui permettait l'emprisonnement des homosexuels. En Italie, Mussolini mit en place une politique comparable.

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