Les préjugés dans la Musique (Interview...

  Musique

Le monde est depuis longtemps source de discriminations et de préjugés. Trop souvent des communautés ou des hommes sont mis de côté à cause de ...

 

''Les couples imaginaires" : l'oeuvre...

  Actualités

Installée à Toulouse, l'exposition d'Olivier Ciappa " Les Couples Imaginaires" a été vandalisée à 2 reprises. Après les violences physiques,...

 

Homosexualité, Lumières et droits de l'homme.

"In libro Veritas" : Evolution des idées et de la loi sur l'homosexualité autour de la Révolution française de 1789, par Claude Courouve, ancien docteur en philosophie à l'université de Nanterre. Il est aussi l'auteur d'autres ouvrages, "Vocabulaire de l'homosexualité" et "Les homosexuels et les autres".

   La peine de mort décrétée, après l'Ancien Testament, par les lois romaines des IVe et VIe siècles, fut en vigueur sur le territoire de la France actuelle à partir du milieu du XIIIe siècle et pendant plus de quatre siècles, mais cependant jamais appliquée avec autant de férocité qu'en Hollande ou en Espagne. Au XVIIIe siècle, sept hommes furent exécutés, dont deux seulement n'étaient pas également coupables de violences, de blasphèmes ou de vol.

"Le péché contre nature est le crime de celui ou de celle qui a un commerce impudique avec quelque personne de son sexe, il se commet par un homme avec un autre homme ou par une femme avec une autre femme ; de tous les crimes contre la chasteté, celui-ci est un des plus graves et des plus détestables selon les lois divines et humaines"

 

 I) L'homosexualité et sa prohibition sous silence

 

   Vers 1710-1730, l'idée, d'origine religieuse, selon laquelle parler d'homosexualité suffirait à produire des passages à l'acte, était encore largement répandue. On pensait aussi que le fait de punir publiquement était une sorte d'incitation au crime. En 1726, peu après l'exécution du célèbre Deschauffours pour proxénétisme homosexuel et meurtre, le mémorialiste et avocat Barbier estimait qu'il n'était « pas possible de punir tous ceux qui étaient déclarés parce que cela ferait trop de fracas ; il n'en faudrait pas davantage pour illustrer ce crime et le rendre plus commun, la plupart du peuple même ne sachant ce que c'était.» 

 

• On trouvait la même préférence pour l'inaction systématique des tribunaux chez le futur extrémiste révolutionnaire Jean-Paul Marat (1743-assassiné en 1793):

 « La possession d'une femme ne prévient pas toujours les désirs pour celle d'un autre : et souvent leur trop facile jouissance amène à se passer d'elles. De là cet amour déshonnête que la nature réprouve : crime révoltant, qui paraît ne devoir inspirer que de l'horreur! [...] Ces crimes sont peu communs, à moins qu'ils ne soient favorisés par certains usages, et alors il faut bien se garder de les tirer des ténèbres dont ils se couvrent : sévir contre certains crimes fort rares, c'est toujours en faire naître l'idée. »

• Même thèse encore sous la plume alerte du futur conventionnel J.P. Brissot de Warville (1754-guillotiné en 1793) :

« Sodomie,

Les Persans ont des sérails de garçons ; les bonzes dans les Indes ne voient pas de femmes ; mais ils savent s'en dédommager. On a remarqué que dans tous les pays chauds les hommes étaient fort portés à toutes les conjonctions illicites ; que dans les religions même les plus rigoureuses, le climat les fait tolérer. Je n'examine point si ce crime est contre la nature, je n'examine point si de grands hommes l'ont commis, s'il a été même permis dans certaines circonstances. Il nuit à la population, il doit donc être proscrit. Mais ce n'est point par la mort qu'il faut le punir ; car le remède serait pire que le mal : c'est nuire doublement à la propagation des hommes. Tous les crimes contre les mœurs doivent être punis par l'opinion publique ; c'est du sceau de l'ignominie qu'il faut marquer ceux qui donnent des atteintes aux mœurs, à la pudicité publique.

On punit en France les femmes publiques en les promenant sur un âne, le visage tourné vers la queue. La coupable en cet état est huée par le peuple. Imposez la même peine à tous les sodomistes, point d'acception de rangs, de personnes. Comme ce crime est plus commun chez les grands, chez les opulents (car l'artisan se borne à sa femme) c'est par l'opinion publique qu'il faut les flétrir ; car ils y sont plus sujets que les autres. Point de peines pécuniaires surtout. Ils ne paieraient pas moins des garçons pour leurs plaisirs ; mais ils leur coûteraient plus cher. C'est une faute en politique que de priver inutilement l'Etat de sujets qui pourraient lui être utiles. Un sodomiste peut réparer son crime. Il ne faut point être si ardent à trouver les malheureux qui commettent ce crime. La multiplicité des criminels nécessite la fréquence des supplices, et cette fréquence diminue insensiblement l'horreur que le peuple a pour ce crime ; il se familiarise avec son image. » 

 

• Selon Louis-Sébastien Mercier (1740-1814), « La punition de cette vilénie est un scandale public [...] un de ces actes honteux qu'il faut couvrir des voiles les plus épais [...] il n'est pas bon de révéler les turpitudes qui dégradent l'homme. » Le magistrat Bexon justifiait ainsi, a posteriori, la réforme de 1791 : « Nos lois ont gardé le silence, comme étant un crime dont on ne devait pas soupçonner la possibilité. »

 

* * * * *

 

   La flagrante disproportion entre la banalité du "crime" et la rigueur de la peine inquiétait également, notamment de grands esprits comme Montesquieu : "Toutes les peines qui sont de la juridiction correctionnelle suffisent pour réprimer la témérité des deux sexes" ; comme Voltaire (inspirateur, avec d'autres) de la Déclaration des Droits de l'Homme : "on doit proportionner les peines aux délits". Pour Brissot de Warville, on l'a vu, "le remède serait pire que le mal" ; comme aussi pour l'auteur inconnu du pamphlet Dom Bougre aux Etats Généraux, de 1789 : « L'excès du mal vient peut-être de l'excès de la peine brûler ! C'est bien sérieux, et qui dénoncera un homme qu'on doit brûler s'il est convaincu ? »

 

A la veille des Révolutions françaises (car celle de la Terreur n'est plus celle des États-Généraux), la peine de mort pour sodomie venait juste d'être remplacée par les travaux forcés en Pennsylvanie (1786) et en Autriche (1787) ; ce sera fait en Prusse en 1794 ; le contexte international, pour autant qu'il ait pu avoir une influence, allait donc dans le sens d'une réforme. En tout cas, le principe de proportionnalité des peines aux délits cher à Voltaire et à Beccaria avait été inscrit dans la Déclaration de 1789, à l'article 8 ; la réforme de 1791 en était une conséquence logique.

 

* * * * *

 

   Plus radicalement, quelques philosophes ou penseurs politiques, tout en disant acquiescer à la condamnation morale, se demandaient s'il existait un fondement suffisant à une répression judiciaire, quelle qu'elle soit.

Le juriste italien Cesare B. de Beccaria (1738-1794) avançait que la punition était injuste tant que l'on n'avait pas tout fait pour prévenir ce crime. L'académicien Condorcet (1743-mort en prison en 1794) remarquait, en note à un texte de Voltaire :

 "La sodomie, lorsqu'il n'y a point de violence, ne peut être du ressort des lois criminelles. Elle ne viole le droit d'aucun autre homme. Elle n'a sur le bon ordre de la société qu'une influence indirecte, comme l'ivrognerie, l'amour du jeu. C'est un vice bas, dégoûtant, dont la véritable punition est le mépris. "

 Cette prise de position en faveur de la légalisation n'était certes pas encore un engagement positif de défense de la liberté sexuelle et de la libre disposition du corps. Seul Vauvenargues (1715-1747), devançant Paul Verlaine, André Gide et la revendication homosexuelle moderne, a soutenu que "Ce qui n'offense pas la société n'est pas du ressort de sa justice." Cette formulation anticipait un autre des principes de la Déclaration de 1789, "La loi n'a le droit de défendre que les actions nuisibles à la société" (art. 5). Le contexte permet de penser qu'en écrivant sa formule, le marquis de Vauvenargues avait en vue la répression des amours entre hommes, d'une manière qui n'était sans doute pas personnellement désintéressée.

* * * * *

 

Le concept ancien de contre nature, déjà fortement critiqué par Montaigne, fut rejeté par Vauvenargues et Diderot alors que Montesquieu y souscrivait encore. Voltaire fit une remarquable exception pour les jeunes, pour les "garçons qui s'aiment".

(Traité de Métaphysique, 1735), chez lesquels il trouvait l'amour socratique "si naturel", d'où une réplique acerbe d'un rédacteur de la Monthly Review cette même année 1764. Est-ce qui lui a valu d'être rangé par Nietzsche parmi les esprits libres ?

 Cependant, dans une revue générale des auteurs de ce siècle, il apparaît difficile de parler sérieusement de liberté sexuelle individuelle revendiquée par les philosophes, comme l'avait avancé Jean Gattégno, sans doute poussé par des motivations électoralistes. Marat et Montesquieu appliquaient le concept de contre nature à la sodomie. Le rejet de l'homosexualité masculine est constant chez Jean-Jacques Rousseau : "goûts brutaux et dépravés [...] que les sauvages ni les animaux ne connurent jamais"  ; "on lui apprit le mal qu'il ignorait ; il entendit des dogmes nouveaux, il vit des moeurs encore plus nouvelles [...] l'infâme qui l'outrageait [...] l'exemple odieux d'une dépravation brutale" ; "tant d'horreur, que j'avais peine à la cacher" ; "si effrayé de cette impudence [...] termes si pleins de dégoût et d'horreur [...] la plus affreuse corruption" .

En 1777, Voltaire, certes vieillissant, mais plus influent que jamais, ne voyait plus dans la sodomie qu'une "turpitude qui déshonore la nature humaine" et un "vice indigne de l'homme".

Un des plus grands symboles des Lumières, L'Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, donnait à l'article « Sodomie » ce texte plutôt traditionnel, c'est le moins qu'on puisse dire, dans lequel Antoine-Gaspard Boucher d'Argis (1708-1791) suivait de très près l'article du vieux Dictionnaire Français de Pierre Richelet (1679), ainsi que le chapitre sodomie de Muyart de Vouglans (1757) :

 

« La justice divine a prononcé la peine de mort contre ceux qui se souillent de [ce] crime, morte moriatur ; Lévitique, ch. XX.

La même peine est prononcée par l'Authentique, ut non luxurientur 

La loi cum vir au code de adult. veut que ceux qui sont convaincus de ce crime soient brûlés vifs.

Cette peine a été adoptée dans notre jurisprudence : il y en a eu encore un exemple en exécution d'un arrêt du 5 juin 1750, contre deux particuliers qui furent brûlés vifs en place de Grève.

Les femmes, les mineurs, sont punis comme les autres coupables ».

Cependant quelques auteurs, tels que Menochius, prétendent que pour les mineurs, on doit adoucir la peine, surtout si le mineur est au-dessous de l'âge de la puberté.

 

Les ecclésiastiques, les religieux, devant l'exemple de la chasteté, dont ils ont fait un vœu particulier, doivent être jugés avec la plus grande sévérité, lorsqu'ils se trouvent coupables de ce crime ; le moindre soupçon suffit pour les faire destituer de toute fonction ou emploi qui ait rapport à l'éducation de la jeunesse.

Voyez Du Perray ;

On comprend sous le terme de sodomie, cette espèce de luxure que les canonistes appellent mollities, & les latins mastupratio, qui est le crime que l'on commet sur soi-même ; celui-ci lorsqu'il est découvert (ce qui est rare au for extérieur) est puni des galères ou du bannissement, selon que le scandale a été plus ou moins grand.

On punit aussi de la même peine ceux qui apprennent à la jeunesse à commettre de telles impuretés ; ils subissent de plus l'exposition au carcan avec un écriteau portant ces mots, corrupteur de la jeunesse.

 

 II) Vives polémiques et le début d'une libéralisation des moeurs

 

Avant d'évoquer le texte de l'Assemblée Constituante en 1791, voyons sommairement quelle était l'atmosphère des années 1789-1791 relativement aux sodomites. Les articles 4 et 5 de la Déclaration de 1789 garantissaient théoriquement une marge de liberté au delà du domaine de l'application des lois. Dans les questions de moeurs, chaque époque a ses notoriétés, et parmi les personnalités remarquées (tel le comédien Monvel) il y eu le marquis de Villette (1734-1793), ami intime de Voltaire depuis 1765, surnommé Corydon dans des vers composés en 1787 par un poète lettré ; les allusions de cette sorte s'intensifièrent après le début de la Révolution, lorsque Villette joua un rôle non négligeable en tant que journaliste et membre du Club 1789, avant d'être élu à la Convention en 1792, puis membre de la Commission des affaires étrangères.

 

 En juin 1790, Villlette proposait dans La Chronique de Paris d'appeler le Roi "l'Empereur", et de lui reconnaître le commandement, mais non le règne, sur des citoyens qui ne seraient plus sujets de personne, et auraient dorénavant un chef, et non un maître : "Imperat, non regit. Qu'il revienne donc du Champ de Mars la couronne impériale sur la tête." Suggestion qui suscita cette Dénonciation du ci-devant le marquis de Villette :

Le croiriez-vous, citoyens ! Cet homme pervers, cet homme dont tous les goûts, tous les penchants et toutes les actions sont contre-nature, cet homme veut changer la constitution, il veut qu'au jour de la fédération nationale, Louis XVI, notre roi, soit élu Empereur ; il veut qu'au lieu de crier Vive le Roi, on crie Vive l'Empereur ; à quoi donc peut servir ce changement  ?

Un autre pamphlet anonyme, Vie privée et publique du ci-derrière marquis de Villette (1792), présentait l'homme comme une sorte de militant de la sodomie, combattant le préjugé ; son ami prussien Cloots (neveu de l'helléniste de Pauw), écrivit des lignes indulgentes à l'égard du penchant homosexuel.

Une série d'écrits satiriques anonymes traita ironiquement de la concurrence que les putains auraient faite aux bardaches, et réciproquement ; Villette y apparaissait comme le "Grand-maître de la communauté de sodomie", son "procureur fondé", ou "grand-maître des enculeurs" ; un de ces pamphlets, Les Petits Bougres au Manège, revendiquait la libre disposition du corps.

Le dernier texte de la série, La Liberté ou Mlle Raucour (1791), affirmait l'universalité et la légitimité du lesbianisme, mentionnait la ressemblance de la cause lesbienne avec celle des "bougres et bardaches". Mais le titre le plus célèbre, c'est Les Enfants de Sodome à l'Assemblée Nationale, ou Députation de l'Ordre de la Manchette (1790) ; on s'y offusquait de la liberté nouvelle accordée à la sodomie :

L'ordre de la Manchette, au rang duquel il ne faut pas confondre celui de la Manche du Roi, si distingué dans le recueil des pensions, agita que puisque quantité de leurs novices, et de leurs récipiendaires, tenaient rang à l'Assemblée Nationale, il fallait bien que la sodomie ou la bougrerie eût repris une force nouvelle, une consistance majeure, et que la liberté de son exercice devait absolument être un des articles constitutionnels de l'Etat .

Des attaques contre la Révolution, "l'an second de la ruine publique [...] de l'inversion de l'ordre civil et politique", confirment la tonalité contre-révolutionnaire de ces écrits. Le sentiment se répandait, avant même la réforme pénale de 1791, que les choses devenaient plus faciles pour les homosexuels d'alors. La surveillance policière aux Tuileries et sur les autres lieux de rencontre diminuait sensiblement :

Les captures des pédérastes étaient très fréquentes sous M. Le Noir, et donnaient alors beaucoup d'occupation et de profit à celui qui en était chargé. Il y eut beaucoup de méprises et d'abus ; elle est diminuée, et ces Messieurs s'adonnent librement à leur goût .

* * * * *

Dans la partie philosophique de l'Encyclopédie Méthodique, Jacques-André Naigeon, ami et éditeur de Diderot, s'opposait au concept de contre nature, et estimait que la loi pénale ne devait même pas supposer les "désordres secrets", rejoignant par là Brissot de Warville, Marat et Mercier. Ces deux éléments, rappelés en 1791, constituent, avec le sentiment de disproportion entre l'infraction et la peine, les causes principales de cette réforme. Sans doute aussi a-t-on voulu prendre des distances avec les injonctions chrétiennes trop associées à l'Ancien Régime, et entreprendre la laïcisation de la nouvelle monarchie constitutionnelle.

 Curieusement, un certain tabou entoura l'abrogation de l'ancien droit. Dans son rapport sur le nouveau Code, le 30 mai 1791, le jeune constituant Le Peletier St Fargeau (1760-assassiné en 1793) énuméra quelques uns des "crimes imaginaires" que l'on n'y retrouverait pas, mais ne nomma pas la sodomie. La Chronique de Paris, le journal de Villette, écrivit pourtant le 23 mai 1791 que Le Peletier avait rappelé "tous les prétendus crimes".

 

La sodomie (mot et chose) ne figura donc pas dans le Code pénal, ni dans la Loi correctionnelle réprimant les infractions mineures ; mais dans cette dernière on trouve un article sur les "actions déshonnêtes" qui fut fortement critiqué le 7 juillet dans la Chronique de Paris, par crainte, disait-on, de quelque arbitraire dans les poursuites sur un tel chef d'inculpation. Le nouveau Code fut adopté le 25 septembre et promulgué le 6 octobre ; cette réforme fut conservée dans le Code pénal de 1810.

La surveillance policière des lieux de rencontre avait été significativement réduite avant 1791. Sous le Directoire, il a été signalé que "les rapports des agents de police sur la pédérastie sont d'une fréquence alarmante". Dans les hautes sphères, la tolérance était de mise, ainsi que l'illustre cette anecdote relative au vicomte de Barras (1755-1829), membre du Directoire, vers 1796 :

Barras était un des hommes les plus corrompus d'une époque très immorale. Pendant qu'il conversait avec M. de Talleyrand, on lui annonça que son favori venait de se noyer en se baignant dans la rivière. Barras se livra au désespoir sans aucune retenue. M. de Talleyrand n'essaya pas de lui dire une parole, et cependant il laissa voir qu'il était sensible à sa douleur. Barras lui sut un tel gré de cette convenance réservée que, de ce jour, il résolut de le faire ministre

La réforme semble avoir surpris la police du Ier Empire ; des rapports de 1807 notaient que les poursuites contre quelques personnes avaient dû être arrêtées, "la loi ne prévoyant pas ce délit" ; embarras explicable par la discrétion qui avait marqué les nouvelles dispositions.

* * * * *

 

Vers 1820, plusieurs Anglais vinrent, en connaissance de cause, trouver refuge en France ; parmi eux, l'évêque de Clogher, qui a été vu dans la meilleure société française des Boulevards, chez les restaurateur Véry, au Palais-Royal, et à la cour de Louis XVIII aux Tuileries . L'Italie bénéficia de la nouvelle liberté grâce à la domination française subie au début du XIXème siècle.

En 1840, les juristes Chauveau et Hélie approuvèrent, en des termes rappelant Brissot de Warville et Mercier, la situation pénale de l'époque :

Le législateur s'est borné à incriminer les actes contraires à la décence qui se produisent en public, les faits de corruption pratiqués sur les mineurs, et les violences commises sur les personnes. C'est à ces actes, en effet, que son action doit se restreindre : ceux-là seuls portent à autrui un dommage visible et appréciable ; seuls ils se manifestent aussi avec un fait matériel que la justice peut saisir. Les autres, accomplis dans le secret, couverts la plupart du temps d'un voile épais, ne troublent point ouvertement la société qui les ignore, et ne portent dommage qu'à leurs auteurs qu'ils dégradent. La justice, d'ailleurs, pourrait-elle les poursuivre sans péril ? Quels scandales ne jailliraient pas de ces poursuites ? Où serait le bien de dévoiler tant de turpitudes cachées, tant de honteux mystères ? La morale est-elle intéressée à ces infâmes révélations? Le silence de la loi devrait être approuvée quand il ne serait dicté que par un sentiment de respect pour la pudeur publique.

Le socialiste Pierre Joseph Proudhon (1809-1865), promoteur d'un terme (homoïousien) qui inspira très probablement l'inventeur d'homosexualité, semble avoir été la seule personnalité à avoir souhaité une peine de 20 ans de prison pour "cette infamie". Sous la IIIe République, quelques policiers émirent, sans succès, le souhait d'une loi répressive. Mais dans l'ensemble, la tolérance de la loi était entrée dans les moeurs, et servait d'argument aux polémistes étrangers, tels l'écrivain J. A. Symonds qui enviait le Code pénal de France et d'Italie, et auquel la France républicaine, comme auparavant celle de la Restauration ou du Second Empire, pouvait apparaître comme le pays des Droits de l'Homme.

 

Cette tolérance connut, du régime de Vichy jusqu'au débuts de la Ve République, les restrictions que l'on sait ; la libéralisation se fit par étapes, 1970, 1974, 1980, 1982, à peu près en parallèle avec d'une part la constitutionnalisation des Droits de l'Homme de 1789 en 1973 et 1982, et d'autre part la laïcisation de la législation sur les mœurs (suppression du délit d'adultère et légalisation de l'IVG en 1975).

Partager cet article

Répondre à Homosexualité, Lumières et droits de l'homme. - commentaires sur le forum
jcmnono
 
Date 06/04/2013 15:24

Claude Courouve est aussi auteur d'un petit essai sur la censure que tu ferais bien de lire allomat , tu y comprendras toutes les erreurs faites par les associations sida ! ce n'est pas en vente en...


Naeco
 
Date 31/07/2011 10:16

Sans ironie, un peu court. Mais bien.


allomat69
 
Date 04/02/2010 23:14

j'ai bien aimé : "Les Persans ont des sérails de garçons ; les bonzes dans les Indes ne voient pas de femmes ; mais ils savent s'en dédommager. On a remarqué que dans tous les pays chauds...


stanboy
 
Date 04/02/2010 14:27

Actu : Homosexualité, Lumières et droits de l'homme. "In libro Veritas" : Evolution des idées et de la loi sur l'homosexualité autour de la Révolution française de 1789, par Claude Courouve, ancien...


Répondre à Homosexualité, Lumières et droits de l'homme. - commentaires

Qui est le rédacteur?

stanboy Homme 28 ans
FR, Hérault
Message privé
Ses articles
Offrir Premium
Profil de stanboy
Voir ses photos

Image relative

Voter pour cet article

Sujets proches

France, pays des droits de l'homme ...

Dernièrement, peut-être avez vous entendu parler dans la presse d'un projet de loi Ougandais visant à renforcer encore plus qu'elle ne l'est déjà, la législation en vigueur concernant les homosexuels...

Le Monténégro rejette la Gay Pride.

A Podgorica, dans le Monténégro, devait se dérouler la première Gay Pride dans le pays. Un évènement espéré et attendu par la communauté LGBT monténégrine. Celle-ci a finalement dû être annulée suite...

Notre histoire, grace a Za-gay.

Voici l'histoire de notre couple, sur le site internet ou tout a débuter ... Espérant que notre histoire se réalise pour vous. Bonne lecture !

Le débat sur le projet de loi anti-homosexualité ajourné en Ouganda

Le débat du projet de loi visant un durcissement de la répression de l'homosexualité n'a pas eu lieu, la session du vendredi 13 mai ayant été ajournée par le parlement ougandais, a annoncé Edward...

Répression de l'homosexualité en Ouganda

Après la confirmation de la constitutionnalité de la pénalisation de l'homosexualité en Inde, le Parlement ougandais adopte le vendredi 20 décembre 2013 un projet de loi durcissant la répression de...

Homoparentalité : quelques pas en avant, quelques pas en arrière !

L'homoparentalité est omniprésente, celle-ci est portée devant les juridictions, surgit au Sénat, et inquiète le gouvernement.

Des militants LGBT arrêtés devant l'Elysée

À l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre l'homophobie, la lesbophobie et la transphobie, Act Up-Paris et le comité IDAHO ont effectué jeudi 15 mai après-midi un die-in devant l'Elysée, pour...

SFR, congé parental et homosexualité.

Chez SFR, le congé parental ne sera plus exclusivement maternel ou paternel. Dès samedi, le "congé de parentalité" fera son apparition. Une mesure destinée aux employés vivant en couple avec...

Afrique du Sud: le mariage gay remis en cause

Le mariage gay, légalisé jusqu'alors en Afrique du Sud, risque d'être supprimé de la Constitution, qui permettait ainsi l'égalité des droits. La Chambre Nationale des chefs traditionnels souhaite en...

Alan Turing, Cambridge et Homosexualité

L'histoire d'Alan Turing, héros homosexuel des services de renseignement britanniques, pionnier de l'informatique et condamné à la castration chimique en 1952.